|
Les
mineurs représentaient au 1 octobre 2002 1.3% des personnes
détenues. A Fleury-Mérogis, le Centre des Jeunes Détenus
(CJD) constitue le plus grand quartier mineur de France. Aujourdhui
90 mineurs y sont incarcérés mais la population pénale
des mineurs a déjà atteint 120 personnes en 2002.
Du point de vue pénitentiaire, lorganisation de la
vie dans le quartier des mineurs de Fleury est originale et constitue
un modèle : dès leur incarcération les
mineurs sont admis dans le quartier des arrivants. Là, ils
sont vus par tous les services : détention, Service
Pénitentiaire dInsertion et de Probation, Education
Nationale, service médical (UCSA) et service de psychiatrie
(SMPR). A lissue de la semaine passée dans ce quartier,
une réunion de tous les intervenants cités évoque
le cas de chaque mineur et définit une sorte de projet pour
la détention. A ce moment-là, le jeune détenu
est affecté dans lune des trois unités de détention :
unité ordinaire, unité stricte ou unité libérale.
Dans chaque unité lorganisation de la journée
est différente, notamment en ce qui concerne laccès
aux espaces de jeu et de détente. Cest le comportement
du jeune qui va déterminer son affectation dans lune
des trois unités ; en cas de problème, la punition
va constituer en un changement dunité et non plus forcément,
comme cétait le cas auparavant, en un placement au
quartier disciplinaire. Ainsi, le nombre dincidents et donc
de placements au quartier disciplinaire a considérablement
diminué.
Le
personnel pénitentiaire affecté au quartier disciplinaire
a considérablement diminué. Le personnel pénitentiaire
affecté au quartier des mineurs est volontaire pour cette
affectation et reçoit une formation spécifique.
Les surveillants ont la charge dune aile et
connaissent donc parfaitement les jeunes. Ils les encadrent dans
toutes leurs activités y compris lors de la promenade ou
du sport.
Létat de santé des mineurs est préoccupant ;
les consommations de produits illicites ou licites sont très
importantes : à ce sujet, il faut surtout noter limportance
de la consommation de cannabis (à des doses de «défonce»),
de tabac et le mélange très fréquent de consommation
dalcool associé à des médicaments psychotropes.
Le recours à lhéroïne à cet âge
demeure exceptionnel.
Il faut également noter que lhygiène de manière
générale est déplorable : mauvaise alimentation,
état dentaire souvent catastrophique, heures de sommeil fantaisistes,
méconnaissance de la physiologie notamment sur la reproduction
Sur le plan psycho-pathologique, ladolescence est lâge
de tous les remaniements et on ne peut que rarement poser un diagnostic
de structure, par exemple psychotique. Il sagit plus souvent
de troubles de la personnalité que lon fait souvent
entrer dans le cadre de la psychiatrie. Il sagit ici essentiellement
dimpulsivité, dimmaturité, de sentiment
de toute puissance et dun recours permanent au passage à
lacte auto ou hétéro agressif. Ces jeunes ont
une incapacité à se projeter dans lavenir même
proche, ils néprouvent pas de culpabilité par
rapport aux actes commis ou aux victimes ; souvent ils revendiquent
les actes quils ont commis sans cependant en apprécier
la gravité. Ils ne présentent pas de symptômes
tels que lanxiété ou la dépression.
La prison constitue donc un arrêt dans le cycle de la violence
et des passages à lacte. Cependant, il arrive que,
même incarcérés, certains jeunes ne peuvent
modifier leur comportement et tentent de sopposer au règlement.
Cest là que le travail pluridisciplinaire est indispensable
pour comprendre ce qui se passe et proposer les réponses
adaptées.
Dès leur arrivée à Fleury, tous les mineurs
incarcérés sont systématiquement vus par le
psychiatre du C.J.D. Cela lui permet de connaître lensemble
des jeunes et surtout de leur donner lidée quils
peuvent bénéficier dune aide psychologique ou
psychiatrique durant lincarcération et même après
celle-ci.
La prise en charge des mineurs par le SMPR fait intervenir
le psychiatre mais aussi les infirmières et les psychologues.
Il est souvent plus aisé de proposer un suivi de type soutien
par une infirmière (dont la représentation chez les
jeunes est toujours positive) ou un suivi de type psychothérapique
par un psychologue. Le mot psychiatre est souvent associé
dans la tête des mineurs à lidée de folie
et ils ne se sentent pas
(à juste titre) «oufs» (en verlan).
Il sagit de mettre en place un lien de confiance entre le
soignant et le jeune. En effet, celui-ci dans son parcours antérieur
a déjà vu psychiatres ou/ et psychologues et il nen
a pas gardé une impression favorable.
Lorsque le lien est créé, on peut alors aborder avec
le jeune son fonctionnement, notamment les raisons qui le poussent
à passer à lacte et à se mettre dans
une position difficile tant par rapport à sa famille, à
ses proches quà lui-même.
Lorsquon parle du crime ou du délit
commis, on essaie de faire prendre conscience au jeune de la souffrance
quil a pu causer et de sa propre souffrance psychique.
Parfois il est impossible de proposer des entretiens
duels car ceux-ci sont trop intrusifs et le jeune ne peut pas
les supporter car il a limpression de se mettre en danger
dans ce cadre.
Dans ces cas, on se sert dateliers dexpression et de
médiation : il sagit ici de permettre lexpression
de la parole et de la souffrance du jeune par lintermédiaire
de la musique, du théâtre, de la sculpture ou de la
réalisation dune bande dessinée
.
Comme la durée de lincarcération
des mineurs est relativement brève (en matière correctionnelle
le mandat de dépôt est de 1 mois renouvelable une fois),
lessentiel du travail du SMPR réside dans le fait de
permettre au jeune de reconnaître sa souffrance psychique
et dadmettre lidée quun suivi spécialisé
à lissue de son incarcération pourrait laider
à vivre mieux
La contrainte forte que constitue lincarcération
permet paradoxalement dapaiser les pulsions destructrices
et violentes et donc daborder les points difficiles de lhistoire
du jeune, de son positionnement par rapport à sa famille
et à la société.
Lorsque le projet de sortie est élaboré
en partenariat avec le SPIP et la PJJ (Protection Judiciaire de
la Jeunesse), il faut bien sûr tenir compte du suivi psychologique
et prendre contact avec le secteur de psychiatrie compétent
(selon lâge du jeune, secteur de psychiatrie infanto-juvénile
ou de psychiatrie générale).
Lincarcération dun mineur ne doit pas seulement
servir à «purger une peine». Elle doit être
loccasion dune élaboration pluridisciplinaire
du futur projet de vie du jeune et de la mise en place de
sa prise en charge dans tous les domaines et notamment médico-psychologique.
Docteur
Betty Brahmy
Chef du Service Médico-Psychologique Régional
Centre Pénitentiaire de Fleury-Mérogis
Sommaire
de la Lettre n°38
nous
contacter
© 2004 Fondation pour l'Enfance
|