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La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°38 -

Le travail des personnels pénitentiaires auprès des mineurs en détention
Pierre Delattre

 

La lutte contre la délinquance des mineurs est une priorité du gouvernement et un enjeu de société qui engage fortement l’institution judiciaire. Les services pénitentiaires sont mobilisés dès lors qu’il y a décision d’incarcération. Le guide du travail auprès des mineurs incarcérés élaboré par l’administration pénitentiaire constitue un cadre de référence pour les personnels pénitentiaires et les différents intervenants concernés.
 
D’une certaine façon on pourrait considérer que l’administration pénitentiaire a tardé à considérer avec une attention plus particulière la situation des mineurs incarcérés. Si en 1983 la loi a restreint les possibilités d’incarcération des mineurs, il a fallu attendre 1991 pour avoir une procédure d’habilitation des établissements pénitentiaires à l’accueil des mineurs, et 1994 pour avoir une première circulaire sur les régimes de détention applicables aux mineurs. Il ne faut pas analyser cet intérêt tardif de façon trop négative ; tout d’abord, l’incarcération des mineurs a et doit conserver un caractère exceptionnel
et le nombre des mineurs incarcérés a toujours été relativement  faible. Ensuite les profils de ces mineurs ont évolué et, d’évidence, ils nécessitent actuellement une plus grande attention. C’est un phénomène qui mobilise beaucoup l’éducation nationale, l’aide sociale à l’enfance, les services sanitaires et la protection judiciaire de la jeunesse et dont les effets sont aussi constatés au sein des quartiers des mineurs des établissements pénitentiaires, notamment par un accroissement de l’agressivité et de la violence, etc.....
 
Ces difficultés accrues mobilisent les services pénitentiaires autour de principes de travail précisés ainsi dans le guide.
 
Les mineurs incarcérés sont et restent des enfants ; des enfants confrontés à leur implication dans de graves passages à l’acte dont ils ont à assumer d’une certaine façon la responsabilité, des enfants connaissant de graves difficultés d’équilibre affectif, psychologique et d’insertion. A défaut d’être disqualifiée et en contradiction avec l’esprit et la lettre de la loi, la prise en charge de ces mineurs se doit d’être constructive. Elle doit être fondée sur une démarche volontaire visant à ouvrir, de façon individualisée, de réelles perspectives  pour chaque mineur. Elle doit confronter le mineur à ses comportements délinquants à l’origine de son incarcération. Elle doit mettre le mineur face à la nécessité et l’opportunité, conformément aux dispositions légales et réglementaires définissant ses droits et obligations, de se remettre à niveau, notamment dans ses relations familiales, dans le domaine scolaire et de la formation professionnelle, du point de vue de sa santé au sens le plus large, etc ...»
 
«La prise en charge des mineurs incarcérés relève plus que toute autre d’un partenariat diversifié, permettant à chaque institution d’assumer vis-à-vis du mineur les responsabilités et prérogatives qui lui sont  propres. Elle exige que soit définie une organisation particulièrement élaborée et cohérente, permettant  une distribution dynamique des rôles entre tous les intervenants, entre personnels pénitentiaires et également au sein des personnels de surveillance eux-mêmes. La clarification des missions et le développement des compétences des personnels de surveillance au sein des quartiers mineurs sont des éléments déterminants de l’amélioration de la qualité des prises en charge pluridisciplinaires».
 
«Les personnels pénitentiaires ont à développer auprès de ces mineurs des attitudes et gestes les plus adaptés possible. Ils doivent établir avec ces mineurs des relations fortes, empreintes d’exigences et de compréhension, ce qui relève d’un professionnalisme pointu. Ils doivent bénéficier, en particulier les personnels de surveillance,  d’une organisation de leur travail qui prenne en compte de façon institutionnelle et durable les éléments d’équilibre conditionnant leur capacité réelle à remplir la mission qui leur est confiée».
 
Les dispositifs en place vont être renforcés par la création d’établissements pénitentiaires spécialisés pour mineur (EPM) conformément aux dispositions de la loi du 9 septembre 2002 d’orientation et de programmation pour la justice.
 
Ces établissements pénitentiaires autonomes permettront d’éviter tout contact des mineurs avec des détenus majeurs. Ils seront dégagés des contraintes fonctionnelles des établissements pénitentiaires  et il y sera instauré un rythme de vie plus adapté aux adolescents. L’emploi du temps des mineurs comportera des temps de formation, d’activités dirigées et aussi des temps collectifs de détente et de repas.
 
La prise en charge des mineurs incarcérés va se trouver améliorée par le renforcement de la part de l’action éducative développée pendant le temps même de l’incarcération.
La loi du 9 septembre 2002 prévoit que «l’intervention continue des services de la protection judiciaire de la jeunesse sera organisée auprès de l’ensemble des mineurs incarcérés». L’administration pénitentiaire et la protection judiciaire de la jeunesse travaillent à la mise en œuvre de ces dispositions (formation des agents, organisation des services, coordination) qui sont d’ores et déjà effectives aux quartiers des mineurs des nouvelles maisons d’arrêt de Toulouse – Seysses et d’Avignon le Pontet.


Pierre Delattre
Chef du bureau des politiques sociales et d'insertion
à la Direction de l'Administration pénitentiaire,
Ministère de la Justice

Sommaire de la Lettre n°38

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