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La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°39 -

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LA PREMATURITE SOURCE DE MALTRAITANCE

 

L’histoire de la prématurité, dans le monde occidental, est assez paradoxale puisqu’à la fois enthousiasmante et préoccupante.
Enthousiasmante elle l’est du fait des progrès exceptionnels, en tout cas dans le domaine de la survie immédiate des nouveau-nés de plus en plus «petits» ! L’histoire du service de Port-Royal est à ce titre démonstrative puisque : avant 1970, 80% des prématurés de moins de 1200 grammes mouraient et après 1980, 80% de ces mêmes nouveau-nés de moins de 1200 grammes survivaient et la plupart du temps dans de bonnes conditions. Depuis cette dizaine fatidique, les résultats ont été en «s’améliorant» : en l’an 2000 on pouvait dire que dans la majorité des centres de néonatologie dits «intensifs», le pronostic vital des moins de 1000 grammes avoisine les 85-87%, mais est-ce aussi spectaculaire ?
Et à ce titre, l’histoire actuelle de la prématurité est préoccupante.
Est-il vraiment souhaitable de faire survivre ces enfants de quelquefois 600 grammes ou moins ? Alors qu’ils devraient pouvoir encore bénéficier de cette interaction mère-enfant, absolument unique dans leur expérience de vie terrestre. N’est-il pas préférable d’éviter une telle naissance aussi prématurée, d’éviter cette rupture qui sans doute au plan physique est possible puisque
ces enfants peuvent survivre dans des conditions acceptables. Mais qu’en est-il des conséquences à long terme ?
Quelle est sa part de responsabilité dans la survenue d’une pathologie lourde vers la cinquantaine ? Personne ne peut encore le dire de façon catégorique.

L’histoire de la néonatologie française, et d’une façon générale de la néonatologie occidentale, est intéressante. En effet, la prématurité n’est pas une «fatalité» loin de là et, à une certaine époque,
les pouvoirs publics ont su faire baisser cette prématurité, sans savoir réellement le bien que cela pouvait représenter pour l’humanité.

Avant 1970, en France, la prématurité avoisinait les 10% et la mortalité périnatale les 20‰. Sous la direction de Marie-Madeleine Dienesch, en 1970, grâce à une action énergique à laquelle ont collaboré pédiatres, accoucheurs, biologistes et épidémiologistes, entre 1970 et 1974 la mortalité périnatale diminuait de moitié, passant de 18‰ à 8‰ la prématurité passait de 10% à 8% et même 7% dans certaines régions. Jusqu’en 1995, la prématurité ne cessait de diminuer, atteignant jusqu’à 5,6% et même moins dans certaines maternités. Malheureusement, depuis cette époque, les chiffres remontent. En 2001, la
prématurité est en France de 7,5%
atteignant 8 à 9% dans certaines régions. Le pourcentage des nouveau-nés de moins de 1500 grammes a plus que
doublé en 10 ans, passant de 0,7 à 2% des naissances.

Sans entrer dans le détail des raisons de cette évolution, il existe plusieurs faits indéniables dont il importe de faire le point.

Ne banalisons pas la prématurité :
- Pourquoi attendre 9 mois, gênant une vie socio-professionnelle en plein essor, alors que 7 mois suffisent du fait des
progrès indéniables des techniques de prise en charge de ces prématurés ?
- Pourquoi attendre parfois de longues années alors que les techniques dites d’«AMP» (Assistance Médicale à la Procréation) permettent théoriquement d’avoir un enfant «quand je veux, si je veux, avec qui je veux…».
- Pourquoi s’obnubiler sur la grossesse et la procréation, véritable don de soi avec celui que l’on aime alors que les progrès incontestables de la communication, des voyages de la «soi-disant» «liberté de l’être» vous offrent la vie facile ?

La prématurité n’est-elle pas à la fois
la preuve d’une certaine «maltraitance» des mères qui ne savent plus vivre leur grossesse normalement, et la cause d’une «violence» chez les anciens prématurés qui plus tard auront du mal à s’intégrer dans une vie sociale dite «normale». Toujours, ils auront besoin de ce qui leur a manqué au cours des premières heures de leur vie intra-utérine, le besoin d’un amour maternel simple, spontané, total et inconditionnel qui reste certainement la base d’une vie normale.

Professeur Jean-Pierre RELIER

Sommaire de la Lettre n°39

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