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La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°49

Violence des enfants : pour une prévention précoce


Notre présence dans plusieurs quartiers classés dans la géographie prioritaire de la politique de la Ville nous conduit à constater que les relations que les jeunes en difficulté nouent avec leurs pairs ou les adultes qui les encadrent sont de plus en plus souvent empreintes d’une agressivité qui peut rapidement basculer dans la violence.

L’expression de cette agressivité prend le plus souvent d’abord la forme d’injures et d’insultes prononcées à l’occasion d’activités ludiques ou de rencontres culturelles ou d’animation. «Nique ta mère» «je t’encule» sont des mots usuellement prononcés et qui paraissent faire partie du langage usuel. Les jeunes n’ont pas alors conscience que ces mots peuvent déclencher une réaction d’indignation ou de colère voire une réaction physique lorsqu’ils s’adressent à des pairs.

L’irrespect, l’insolence, l’opposition véhémente à l’égard de l’adulte sont également considérées comme une manière d’exister, d’exprimer sa souffrance, sa révolte ou sa frustration.

Le fait qui déclenche cette violence peut être très anodin. Il peut s’agir d’un simple refus provoqué par une demande exorbitante ou tout simplement le fait de différer la réponse à une question posée à un moment inopportun. Un simple regard, une attitude banale peuvent être interprétés de façon agressive et susciter une réaction démesurée qui désarçonne.

Ce qui frappe, c’est l’extension du phénomène et le fait qu’il touche des enfants de plus en plus jeunes.

L’origine de cette violence est multifactorielle. Les enfants sont d’abord le reflet de la société dans laquelle ils vivent. Ils reproduisent les modèles comportementaux qui leur sont donnés à voir soit dans leur milieu familial, soit dans la société dans laquelle ils vivent. Mais cette violence exprime souvent une souffrance qui peut aller de l’angoisse de l’avenir, au besoin d’exister, d’appartenir à la communauté nationale et de reconnaissance.

Elle se manifeste dès lors que le sujet éprouve une difficulté de symbolisation ou d’expression de la situation vécue. La réaction est d’autant plus violente que le sujet est vulnérable et qu’il ne bénéficie pas d’un accompagnement familial ou social adapté. Elle s’exprime par défaut de maîtrise des affects et émotions et est à la mesure de la souffrance éprouvée. La difficulté à communiquer nous paraît alors entraîner des échanges plus impulsifs qui permettent l’extériorisation libératrice de ce qui fait mal.

L’inscription dans un groupe plus ou moins organisé est recherchée par le jeune car elle lui est nécessaire sur le plan narcissique. Elle lui confère une forme de reconnaissance et de valorisation qui ne peut être trouvée dans les milieux institutionnels.

Ce phénomène endémique doit mobiliser nos efforts car il constitue un réel danger pour le développement de nos enfants et de notre société.

Nous proposons, par notre action, une réponse préventive précoce qui agit sur les risques en cause pour contribuer à la résolution durable de ce phénomène. En nous inscrivant dans une démarche de proximité nous intervenons tôt, dès l’âge de latence, pour favoriser la socialisation de ces enfants vulnérables et répondre à leur besoin d’appartenance et de reconnaissance en leur permettant de s’exprimer positivement. Notre action éducative innovante conduite par une équipe pluridisciplinaire spécialisée à laquelle se joignent des comédiens, artistes, créateurs, use d’une pédagogie d’alternance entre l’individuel et le collectif et développe une culture de projet. L’unicité de l’équipe permet de remédier aux ruptures éducatives liées à l’incoordination des interventions. Les parents sont étroitement associés à cette action et y trouvent les moyens de faciliter leur rôle éducatif. Ils participent même à notre démarche d’évaluation interne et externe.

Les résultats obtenus sur un groupe de 20 enfants sont fort encourageants. Les souffrances s’apaisent ainsi que les comportements, les enfants progressent sur les plans scolaires et personnels et ils expriment une joie de vivre retrouvée.


L’association "Mission possible" a été créée en 2002 par Claude Beau, magistrate mise à disposition de l’Institut National des hautes études de sécurité. L’un des objectifs de cette association est la prévention précoce de la délinquance et pour ce faire, elle s’inspire des résultats d’une étudemenée avec l’INHES qui aurait mis en évidence un ensemble de critères de "risques récurrents" prévalant dans les conduites à risques.

Mission possible 52 rue de Rome-75008 Paris
01 40 05 05 39 - mission.possible@free.fr



 L’équipe de Mission Possible

Sommaire de la Lettre n°49

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