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La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°49

Violence en milieu scolaire : des réponses multiples
et cohérentes seules garantes d’une certaine efficacité


Je suis directeur d’une école en ZEP/ZUS située sur l’emplacement d’anciens bidonvilles de Nanterre. La plupart de mes 366 élèves habitent une cité construite à la fin des années 50 et sont originaires d’une quarantaine de pays différents. Situé aux portes de la Défense, à proximité des centres culturels et administratifs, très facilement accessible par les transports en commun, ce quartier n’a pas l’apparence d’un ghetto. Pourtant, la délinquance et les trafics y prospèrent.

A l’école, la violence des populations sans repères a évidemment ses entrées et la première difficulté pour l’équipe enseignante est de réussir à percevoir les enfants violents avant tout comme des victimes de la défaillance du monde adulte. Ce qui n’est pas toujours aisé !

Pour faire face à ces débordements de violences verbales et physiques, l’équipe pédagogique n’a pas choisi la fuite mais le travail collectif et partenarial. La violence a de multiples visages : celui du vocabulaire grossier et des insultes, celui des coups de pied et des bagarres, mais aussi celui de la maltraitance et de la délinquance trop précoce.

Certes, l’Ecole ne peut pas tout résoudre mais dire que l’Ecole doit d’abord transmettre des savoirs avant que d’éduquer ou de traiter les problèmes sociaux est illusoire et nuisible. Les 366 enfants sont là tous les jours et ne laissent pas leur mal-être à la porte de l’école. Il nous faut donc apporter des réponses efficaces et essayer de prévenir les comportements violents.

Nous avons donc choisi de coordonner nos efforts au sein de l’équipe de telle façon à ce que les classes puissent effectivement continuer à apprendre et à ce que les élèves violents ou perturbateurs puissent bénéficier d’une aide adaptée. Le travail avec les parents a donc pris une place très importante dans mon emploi du temps de directeur mais aussi dans celui de mes collègues, après 16h30. A ces nombreux entretiens individuels se sont ajoutés un journal d’école à destination de tous les parents et, pour ne pas laisser de côté les nombreux parents qui ne maîtrisent pas l’écrit, des “rencontres du samedi matin” qui réunissent régulièrement une cinquantaine de parents autour d’un thème.

Ces relations cordiales et franches que nous entretenons avec les parents ont été complétées par des relations suivies avec les assistants sociaux et les éducateurs mandatés par la justice. C’est bien avant tout en tant qu’agent de l’Etat, c’est-à-dire professionnel ayant une mission d’intérêt général et devant rendre des comptes, que je perçois mon métier et il est donc tout à fait normal de travailler de façon permanente et approfondie avec les autres services de l’Etat (justice, police) ou ceux des collectivités territoriales (services sociaux et culturels) afin de préserver le bienêtre, très relatif, de mes élèves et d’améliorer l’efficacité du service public d’enseignement.



Si le quartier aimante la misère et fait fuir ceux qui ont les moyens d’en partir et si le vécu familial des enfants est parfois tragique, il n’en demeure pas moins qu’il n’y pas de déterminisme entre la violence subie et la violence exprimée : j’ai reçu des enfants arrivés en France en catastrophe à la suite de massacres perpétrés par le GIA en Algérie ou de conflits guerriers en Afrique équatoriale et ceux-là ont souvent été de bons élèves paisibles et constructifs.

Encore fallait-il que l’école donne la priorité au langage et au règlement pacifique des conflits. Le choix de l’équipe a été de privilégier le travail de groupe dans les classes et de donner une grande importance aux conseils de classe et au conseil de délégués. Par ailleurs, afin que les élèves privilégient les comportements constructifs, ils ont été associés aux projets d’amélioration des locaux (décorations, plantes vertes, nettoyage de la cour…) comme à ceux d’amélioration du fonctionnement de l’école (ateliers du midi -jeux, bibliothèque, jardinage, informatique, organisation de la cantine, “récréalire”…) et ont pu donner une portée sociale à leurs compétences scolaires : lecture des grands chez les petits, soirée-poésie, soirée-théâtre.

Les punitions ont une certaine efficacité pour l’élève banal. Elle n’en a aucune pour l’élève qui a du mal à gérer son agressivité. Par contre, l’élève violent s’investit beaucoup dans les activités où il se sent acteur reconnu par les autres et parvient peu à peu à contenir ou à “transfigurer” cette violence.

Nous observons toutefois cette année une modification de la nature des comportements violents : quelques enfants entrent dans des crises violentes qui semblent ne pas avoir de limites et confrontent l’ensemble des acteurs à un sentiment d’impuissance. La confusion entre réalité et virtuel, entretenue par leur pratique intensive des jeux vidéo et de la télé, nous a conduits récemment à adapter nos dispositifs et à renforcer encore nos partenariats, la difficulté étant d’accepter le décalage entre les temporalités des différents acteurs : les enfants ont classe tous les jours, la justice ou la psychothérapie appartiennent à d’autres espacestemps, ce qui est à la fois inévitable et regrettable.


Eric Pateyron
Professeur des Ecoles, Directeur de
l’Ecole Honoré de Balzac, Nanterre


Sommaire de la Lettre n°49

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