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La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°50 |
Parentalité |
Qu’il soit père ou mère, parent biologique ou de suppléance, parent isolé ou remarié, parent homosexuel ou hétérosexuel, la question de la parentalité n’est pas simple et oblige à une approche plurielle : psychologique, psychanalytique, sociale, juridique. Si la famille contemporaine de nos sociétés industrielles et démocratiques est à géométrie variable, il demeure cependant un invariant qui transcende le temps et les traditions : l’art du « bien grandir » relève de la culture et du social.
Depuis des millénaires en effet, chaque société compte tenu des croyances et des idéaux de son temps définit un ensemble de devoirs et d’interdits réglant la vie en famille : soins à prodiguer à l’enfant, règles de la filiation et de la transmission, alliances possibles ou prohibées, prescriptions ou interdictions sexuelles.
Au-delà du lien biologique et affectif, la dimension symbolique de la filiation qu’institue le droit de la famille, noue le lien générationnel à la différence des sexes et des générations. Cependant, aujourd’hui les jeunes parents savent démontrer que les rôles parentaux sont permutables et que la mère n’a plus le monopole de la tendresse, pas plus que le père n’a celui de l’autorité. Alors pourquoi l’éducation de l’enfant requiert-elle encore deux parents de sexes différents ? Comme l’explique l’anthropologue Françoise Héritier, la parentalité n’est pas d’ordre biologique et éducatif mais relève du champ symbolique : “la différence anatomique, physiologique et fonctionnelle des sexes (le fait que ce soit la femme qui porte les enfants) est à la base de la création de l’opposition fondamentale qui nous permet de penser. Car penser, c’est d’abord classer, et classer c’est discriminer. Or, la discrimination qui est à la source de toutes les autres est basée sur la différence des sexes. C’est un fait irréductible : on ne peut pas décréter que ces différences-là n’existent pas. Ce sont des butoirs indépassables, comme l’opposition du jour et de la nuit”. La différence des sexes au-delà de la procréation renvoie à la différence des places dans le couple, la famille, la société et plus largement dans l’humanité. Inscription qui garantit à l’enfant qu’il n’est pas uniquement de l’Un car il y a de l’Autre, qu’il n’est pas au centre de la famille mais en périphérie pour être dans le monde son humble artisan et non un tyran tout puissant. La construction de l’identité est une construction sexuée chez les humains. Pour faire de l’Un sexué, il faut du Deux sexués, le masculin et le féminin étant nos deux moitiés psychiques à articuler : puissance et vulnérabilité, domination et réceptivité, conquête et respect.
Construction identitaire qui n’a rien à voir avec les gènes ni avec la compétence pédagogique des parents. Ce qui compte c’est la relation que les adultes entretiennent avec leur propre identité sexuelle et avec l’autre sexe. Bien sûr, il serait absurde de nier les dysfonctionnements graves de certains couples hétérosexuels comme il est simpliste de croire que le devenir d’un enfant de couple homosexuel serait nécessairement problématique. Si les secrets de famille font le lit de bien des névroses, à contrario, un enfant éduqué dans le respect de son origine et de son histoire de vie peut tout à fait se structurer. Cependant, aujourd’hui les avancées de la médecine procréative, les aménagements juridiques de certains pays rendent possible le déni des origines transgressant ainsi l’ordre symbolique de la filiation dans sa bipartition masculine/féminine. Ce qui fait question, çà n’est pas le désir des couples homosexuels d’accueillir un enfant abandonné ou de continuer d’éduquer des enfants issus d’une première relation hétérosexuelle. Ce qui fait question, c’est la possibilité d’instituer une filiation qui falsifie la réalité par la médiation de tiers - donneur, porteur, de passage - en niant le fait biologique. Ceux qui ont eu à accueillir des enfants nés sous X savent les difficultés que rencontrent ces enfants quand les manipulations de l’état-civil ont permis d’effacer la première filiation. Le droit à l’homoparentalité enfreint ce principe de réalité, le roc biologique qui lie conception et sexualité. L’impossible devient possible. Or, ce n’est pas le biologique qui est premier dans la filiation mais le fait sexuel c’est-à-dire cette loi du désir et du manque qui contraint à en passer par l’autre, de l’autre sexe pour être parent. Aujourd’hui, nous sommes dans un monde où chacun fait ce qui lui plait et revendique de fonder son propre modèle. Malheureusement quand tout est possible, le néant n’est pas loin puisqu’il n’y a plus de limites qui fassent barrage à la jouissance, limites nécessaires pour instaurer la Loi du Pas Tout Possible. Si, depuis quelques années, le droit de l’enfant d’être aimé et choyé s’est transformé en droit à avoir un enfant, le risque est d’oublier le droit fondamental pour chacun d’être inscrit dans sa double filiation, maternelle et paternelle, droit que seuls connaissent les humains. |
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Anne BRETONNIERE-FRAYSSE
Psychanalyste
Sommaire de la Lettre n°50
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