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La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°50 |
De quels parents un enfant a besoin pour grandir ?
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Aujourd’hui, on parle beaucoup de parentalité. Si la parenté est une structure, la parentalité est une fonction. C’est ce qui permet à un enfant d’exister. Martine Lamour et Martine Baracco la définissent comme “ l’ensemble des réaménagements psychiques et affectifs qui permettent à des adultes de devenir parents, c’est-à-dire de répondre aux besoins de leur(s) enfant(s) à trois niveaux : le corps (les soins nourriciers), la vie affective, la vie psychique1 ”. Définition à laquelle il faut ajouter la dimension sociale : l’inscription dans une généalogie.
De quels parents un enfant a t-il besoin pour construire son identité ?
Le rôle des parents, c’est bien de permettre à l’enfant d’exister et de grandir. Pendant longtemps la famille était organisée sur la puissance paternelle, c’est-à-dire à partir du droit du père qui reconnaît ou ne reconnaît pas ses enfants2, du père qui peut chasser, du père qui déshérite le fils marié sans son accord, du père qui emprisonne par lettre de cachet. Le droit de la filiation était plus un droit de la parenté que de l’enfant.
Mais en 1970, une loi a tout changé en transformant la puissance paternelle en autorité parentale.
La puissance paternelle était un droit des parents exercé par le père, l’autorité parentale devient une fonction “ l’autorité appartient au père et à la mère pour protéger l’enfant ” édicte l’article 372 du code civil. Et la loi du 4 mars 2002 a renforcé l’affirmation qu’elle a pour objectif l’intérêt de l’enfant.
Les parents ont pour mission de faire exister l’enfant. Faire exister l’enfant, c’est cela être parent.
Et cela passe, nous a montré Didier Houzel, dans son livre “ Les enjeux de la parentalité ”3 par la mise en oeuvre de trois registres : - l’exercice de la parentalité qui définit la place de chacun dans la société et l’ordre des générations à partir des liens d’alliance, de filia tion ou d’appartenance qui relient les uns aux autres dans une famille ; c’est le domaine de l’autorité parentale qui ne peut être exercée que par les parents au sens juridique; - la pratique de la parentalité qui renvoie aux tâches quotidiennes que les parents ont à accomplir auprès de l’enfant pour que celui-ci gran disse (éducation, maternage). Cela, d’autres adultes peuvent le faire : familles d’accueil, institutions ; - et par l’expérience de la parentalité et le fait que l’on se sente parent de cet enfant et que, pour grandir harmonieusement, on doit pouvoir se reconnaître l’enfant de quelqu’un. De cette expérience, l’enfant a besoin pour accéder à sa propre parentalité.
La parentalité, c’est ce qui permet à un enfant d’exister. Il y a nécessairement dans toute vie des ruptures, des séparations, des discontinuités. Maman n’est pas toujours là, mais elle va revenir, et l’enfant apprend très vite qu’absence n’est pas disparition définitive. Tous les enfants ont joué avec leurs parents à “ coucou je suis là ”. L’adulte peut disparaître temporairement et revenir. A travers une certaine régularité de relations, une certaine confiance en l’adulte, l’enfant doit pouvoir construire ce que Winicott appelle “ le sentiment continu d’exister ”.
Comme l’écrit Didier Houzel, “ un des aspects fondamentaux du développement psychique de l’enfant consiste à faire de la continuité avec de la discontinuité ”. Il faut pour cela que l’histoire ne soit pas morcelée, cachée, amputée. Qu’il n’y ait pas de secret qui agisse comme un interdit de penser. Qu’il y ait des parents en mesure de tenir leur place.
L'enfant séparé de ses parents Il arrive que des enfants soient séparés, par décision judiciaire, de leurs parents et confiés en institution ou en famille d'accueil. Le rôle des institutions sociales se situe alors précisément dans le champ de l’autorité parentale. Le rôle de l’aide sociale à l’enfance, a d’abord été de remplacer les parents, que l’on considérait comme définitivement absents. A partir de 1889, il s'est agi de protéger l’enfant contre ses parents que l’on jugeait nocifs. Puis après 1970, de soigner le lien difficultueux. Enfin, depuis 1984, sa mission première c’est de soutenir les parents. Tel est le sens de la loi du 6 juin 1984 sur le droit des familles rappelé fermement par la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale.
Pourquoi ? Parce qu’il est apparu qu’on ne pouvait élever durablement un enfant sans ou contre ses parents. Bien sûr certaines séparations sont nécessaires, mais cela n’a pas pour objectif de rompre le lien mais de le permettre par une nécessaire mise à distance. L’objectif de l’aide à l’enfance, c’est de “ faire du parent ” en mesure d’exercer ses fonctions. Ce qu’on appelle aujourd’hui le soutien à la parentalité.
L'adoption
Pour certains, la rupture avec les parents de naissance est encore plus radicale et l'insertion dans une autre famille est définitive : c'est la situation d'adoption. L' adoption est à la rencontre de trois histoires : l'histoire d'une mère qui ne peut assumer son enfant, l'histoire d'un couple qui est en manque d'enfant et l'histoire d'un enfant enjeu de tous ces désirs contradictoires. Le Droit doit être instrument de justice. Il ne peut donc exclure aucun des intérêts en présence. Il faut donc rechercher une loi plus équitable qui garantisse les droits des uns et les droits des autres : le droit de la mère qui ne peut garder son enfant de le confier en vue d'adoption en toute discrétion ; le droit du père à faire établir sa paternité ; le droit de l'enfant à connaître son origine ; le droit des adoptants à une pleine sécurité.
Dans notre droit actuel, l'adoption est une nouvelle filiation qui se substitue à la filiation d'origine (art. 356 Civ.). Si on veut respecter une saine éthique de la filiation - qui est transmission - il faut inventer un dispositif qui sache ménager et concilier toutes les parentés et toutes les filiations.
En effet, en tout état de cause, la personne adoptée a des parents de naissance, des parents d’éducation, des parents juridiques4.
Même si elles ne sont pas exercées par les mêmes personnes, ces parentés sont toutes trois nécessaires pour que l’individu vive. Etre dans l'un ou l'autre, c'est être dans une logique d’exclusion.
La filiation d’origine ne peut être niée par une fiction juridique. Dire que la mère qui accouche n’existe pas, ou n'est censée n'avoir jamais existé, est un nonsens “on peut refuser les conséquences d'une maternité, on ne peut refuser l'existence d'une maternité parce que c'est un fait qui échappe au droit, même nourri de fictions”5. Le rôle de la loi, c’est d’organiser la réalité, pas de la travestir au point d'en faire un nonsens. Il faut donc concevoir un type d'adoption qui respecte cette réalité.
Florence Laroche-Gisserot, professeur à l'université d'Evry, écrit à ce propos : “Disons-le nettement, même si le propos choque : on ne redonnera à l'adoption un crédit et une dynamique que si on cesse d'en exclure les parents biologiques6”.
En conclusion, il n'y a pas d'enfant sans parents. Lorsque les parents de naissance sont absents matériellement pour quelque raison, ils doivent exister dans la parole des adultes.
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Colloques
Congrès International consacré à la promotion des droits de l’enfant
XVIIème Congrès mondial du 27 août au 1er septembre 2006 à Belfast.
Renseignements : www.youthandfamily2006.com
Construire l’avenir de manière positive même si l’enfance a été difficile - FICE 2006 CONGRESS
du 6 au 8 septembre 2006 à Sarajevo.
Renseignements : www.fice-congress2003.org
La grande aventure de Monsieur Bébé - 2 journées d’études pour fêter les 10 ans de la revue Spirale
les 28 et 29 septembre 2006 à Ramonville St Agne Renseignements : Revue SPIRALE tél. 05 61 75 15 76 email: eres2@edition-eres.com
La famille au troisième millénaire. Entre conjugalité et parentalité organisé par PSYCOM Formation
les 12 et 13 octobre 2006 à Villeneuve d’Ascq Renseignements : PSYCOM Formation tél. 03 20 91 06 21 www.psycom.fr
Colloque international “Enfants, adolescents d’aujourd’hui, adultes de demain” organisé par la Ville de Marseille DGASSU
les 23 et 24 octobre 2006 à Marseille Renseignements : PROMO SCIENCES tél. 04 91 91 24 89 www.promosciences.com/adosaujourdhui
Colloque “La fratrie dans le cadre du placement” organisé par SOS Villages d’Enfants
le 9 novembre 2006 à Paris Renseignements : SOS Villages d’enfants tél. 01 55 07 25 09
email : sdelcroix@villages-enfants.aso.fr
2ème Forum Professionnel du Bébé et de l’Enfant
les 8 et 9 décembre 2006 à Brive-la-Gaillarde Renseignements : tél. 01 69 21 84 67 |
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Pierre VERDIER
Président de la CADCO
(Coordination des Actions pour le Droit
à la Communication des Origines)
1 M. Lamour et M. Baracco Souffrances autour du berceau, Paris, Gaëtan Morin Editeur, 1998
2 Dans le code de 1804, “ la recherche en paternité est interdite ”
3 Les enjeux de la parentalité, sous la direction de Didier Houzel, Erès, 1999
4 Fiction : “ procédé de technique juridique permettant de considérer comme existante une situation manifestement contraire à la réalité ; la fiction
permet de déduire des conséquences juridiques différentes de celles qui résulteraient de la simple constation des faits - Lexique des termes juridiques
Dalloz
5 Professeur Hauser : RTD civ. 2003, p.13
6 D. 2004 p.22443
Sommaire de la Lettre n°50
Contact : info@fondation-enfance.org
© 2006 Fondation pour l'Enfance, 17 rue Castagnary - 75015 Paris |
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