| Usure : “détérioration que produit l’usage !
Affaiblissement, amoindrissement” nous dit
le Petit Larousse.
C’est-à-dire qu’il indique à la fois, la cause -
l’usage - et les conséquences - l’affaiblissement
! Reste à rechercher les moyens de
prévenir cette usure ou de la prendre en
compte ! C’est-à-dire pour cela, comprendre
en quoi les professionnels de l’enfance ont
des métiers plus usants que les autres
métiers ?
Comprendre les causes profondes de cette
usure est donc le préalable indispensable pour
la combattre. Cela n’apparaît pas encore
comme une évidence. Ni pour tous les professionnels
eux-mêmes, ni pour
toutes leurs institutions employeurs
!
Qu’ont donc en commun ces
travailleurs sociaux, magisrats, éducateurs, puéricultrices,
médecins …. ? Tous à un moment
donné, ont à entrer dans ces
histoires de familles, dans
cette intimité, faite de ces
sentiments violents qui percutent
les professionnels.
Et à voir ! A observer ! A évaluer ! A signaler !
A juger ! A soigner ! A éduquer ! En faisant
parfois alliance avec les parents, parfois avec
l’enfant et parfois en agissant contre leur
volonté, dans leur intérêt !
Rentrer dans ces histoires de haine et d’amour
est une épreuve pour chacun. Non seulement
parce que sa responsabilité est lourdement
engagée, mais parce que chaque professionnel
est aussi une personne, qui a eu une famille
et qui a été un enfant, l’enfant qu’il reste
inconsciemment au fond de lui ! Ce qui implique
que chacun de ces professionnels est différent
de son collègue en dépit des formations ou
des codes de déontologie communs. Leurs
réactions émotionnelles sont aussi différentes
que leurs histoires personnelles et familiales,
lorsqu’ils interviennent dans ces familles qui
mettent leurs enfants en danger ! Et cela fait
souffrir car ils ont en permanence un doublelangage non décrypté : celui d’aujourd’hui et
celui de leur passé !
Les effets de cette souffrance non identifiée, non exprimée donc non soutenue, sont nombreux. Parmi ceux-ci l’usure avec son cortège : le désinvestissement, la somatisation, le doute, le déni… mais aussi l’isolement.
Isolement au sein de l’équipe et isolement des institutions entre elles. Puis très vite la disqualification mutuelle.
Pourtant, l’analyse des causes de cette usure est engagée, des solutions sont recherchées
et se mettent en place, ici ou là. Cette Lettre en atteste. Ainsi : Jean-Marc Suzzarini, psychologue, décrit ce que la supervision pourrait apporter dans les établissements qui accueillent les enfants séparés.
Laurence Delarbre, juge des enfants, souligne les doutes et les limites de la fonction du juge, tout en notant bien qu’il doit connaître “les représentations familiales auxquelles il est le plus sensible”.
Véronique Guillaut-Saumur, chargée de mission à la Fondation d’Auteuil, décrit bien la mise en place d’un espace où le professionnel peut “oser une parole sans être jugé” afin de mettre “des mots sur les maux” et les souffrances des professionnels.
Enfin dans l’interview que le Ministre Philippe Bas a bien voulu donner, s’appuyant sur le projet de loi qui porte sur la réforme de la protection de l’enfance, il reconnaît bien la difficulté spécifique de ces métiers de l’enfance et montre en quoi les modifications à venir, permettront de “croiser les regards”,
“reprendre souffle”, “prendre du recul”…
La Journée du 29 janvier organisée par la Fondation pour l’Enfance, y contribue pour sa part ! Le chantier est ouvert !
Marceline GABEL
Chargée de cours à l’Université
Paris X-Nanterre
Sommaire de la Lettre n°52
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