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La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°52

Entretien avec Philippe BAS


Le projet de loi portant réforme de la protection de l'enfance, porté par Philippe Bas a été l'objet de nombreuses discussions et débats avec les professionnels et le monde associatif en 2006. Nous avions souhaité recueillir l'opinion du Ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille sur le sujet des risques d'usure et d'isolement des professionnels.

Les professionnels peuvent “souffrir” d’isolement, par manque d’accompagnement ou d’encadrement. Quelles sont les causes de ces difficultés et quelles sont les solutions envisagées ? Est-ce que le partage d’informations tel que
prévu dans votre projet de loi est une piste à cette problématique ?


Cela peut y contribuer. J’ai pu constater l'isolement des professionnels face à de lourdes décisions. Nous ne devons plus les laisser seuls face à leur conscience, sans critères de décision, sans formation spécifique à cette question lorqu’ils s’interrogent sur d’éventuelles difficultés rencontrées par un enfant, sans avoir de certitudes. Les professionnels ne doivent plus avoir à choisir entre se taire au risque de laisser passer des situations qui appellent une intervention urgente, ou déclencher une procédure judiciaire au risque de se tromper, avec des conséquences parfois très lourdes, traumatisantes pour les familles.

Désormais, le président du Conseil général organisera une cellule pluridisciplinaire de recueil des signalements, de conseil, d’expertise et de traitement des informations préoccupantes sur la situation de l’enfant. Cela suppose de
partager ces informations souvent détenues par plusieurs professionnels. Dans l’intérêt de l’enfant, nous devons autoriser et organiser ce partage des informations entre professionnels de la protection de l’enfance habilités au secret professionnel uniquement. Le secret doit être préservé car il est gage de confiance et de coopération entre les parents et les intervenants de l’aide sociale à l’enfance. La Justice ne devra être saisie qu’en cas de véritable urgence ou de refus des parents de collaborer avec l’aide sociale à l’enfance.

Organiser le signalement implique également de former les professionnels au contact des enfants. Des modules de formation nationaux et, donc communs aux différentes professions qui touchent à l’enfance, vont être mis en place, afin que tous les acteurs disposent des mêmes références et connaissances de base. Enfin, un guide des bonnes pratiques de l’évaluation des situations familiales sera diffusé aux professionnels afin de faciliter le repérage des situations à risques ou de danger et leur signalement.

Monsieur le Ministre, votre projet de loi portant réforme de la protection de l’enfance a été examiné par le Sénat avant l’été, quel est le calendrier à venir pour un vote à l’Assemblée Nationale et sa mise en oeuvre prochaine ?

Le Président de la République a lui même souligné l'importance de ce projet de loi. Il sera discuté à l’Assemblée Nationale en janvier. *

De nombreux professionnels des métiers de l’enfance rencontrent des difficultés dans l’exercice de leur compétence au quotidien, beaucoup de travailleurs sociaux notamment déplorent un manque de reconnaissance, comprenez-vous leur point de vue ?


Les professionnels de la protection de l’enfance sont confrontés chaque jour à des situations familiales douloureuses. L’implication émotionnelle des professionnels est inévitable tant les souffrances des enfants et des familles dont ils sont les témoins sont grandes. Il faut saluer leur engagement et leur disponibilité. Ils peuvent parfois être découragés lorsqu’ils se trouvent en situation d'échec avec les familles. La reconnaissance de leur travail est une attente légitime. C’est notamment pour éviter ces situations que j’ai souhaité instaurer une évaluation collégiale permettant de croiser les regards et de prendre, à plusieurs, la meilleure décision pour l’enfant. C’est aussi pour ces raisons que j’ai décidé la création de modules de formation ou encore la diffusion d’un guide de bonnes pratiques. Enfin, c’est pour éviter des drames de la maltraitance auxquels sont confrontés les professionnels que la réforme de la protection de l’enfance renforce la prévention, afin d'anticiper des difficultés futures et d'agir avant qu’il ne soit trop tard.

Face aux risques d’usure que les professionnels peuvent ressentir – notamment du fait du cumul de situations difficiles voire dramatiques à gérer- un des moyens à la disposition de ces professionnels est la supervision psychologique. Cette pratique vous semble-t-elle suffisamment développée ? Ne faut il pas la généraliser ? Les moyens financiers sont-ils suffisants actuellement ?

Les situations dramatiques, d’extrême souffrance des familles auxquelles les professionnels doivent faire face peuvent être moralement difficiles à accepter. La collégialité d'une décision lourde, le partage des bonnes pratiques sont autant de moyens qui leur permettent de prendre du recul, de reprendre leur souffle, de faire appel à d'autres ressources, de recourir à un tiers objectif.
Dans bien des cas, c’est très utile et il convient d'y recourir, sous réserve toutefois de la qualité d’intervention des superviseurs.

Selon vous, quel peut être le rôle du monde associatif pour contribuer à soutenir l’action des professionnels ?

Les associations contribuent déjà largement à faire connaître le travail de ces professionnels, à innover, à renforcer leurs actions sur le terrain. Elles ont un rôle important à jouer dans l’information sur la protection de l’enfance et dans le soutien des actions en faveur des enfants en danger et des familles en difficulté.

Je connais la forte implication de la Fondation pour l’Enfance, depuis sa création en 1977, pour améliorer la protection de l’enfance en France mais aussi à l’étranger. Je sais pouvoir compter sur elle pour accompagner activement la réforme de la protection de l’enfance qui sera adoptée avant la fin de la législature.

* NDLR, le projet de loi est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale les 9, 10 et 11 janvier 2007.


Propos reccueillis par Didier Chanal,
Directeur des Missions Sociales de la Fondation pour l’Enfance


Sommaire de la Lettre n°52

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