|
|
| |
| Publications
La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°52 |
La supervision au service
des professionnels
|
Si la supervision se pratique dans les structures éducatives ou de soins, ce n’est pas toujours le cas dans de nombreuses
structures d’accueil d’enfants et d’adolescents. Pour qu’une supervision soit inscrite dans le dispositif
global de prise en charge des usagers, et pour l’accompagnement des professionnels, il faut une volonté qui émane
de la direction et qui corresponde à une demande des professionnels.
Etonnement de constater que certains responsables hiérarchiques
n’installent pas ce dispositif dans le projet de
fonctionnement de leur établissement ou de leur service (1).
Etonnement que les professionnels des équipes ne revendiquent
pas la supervision sur leur lieu de travail comme un
outil supplémentaire. Alors que l’on évoque régulièrement
la fatigue ou le désengagement, voire l’épuisement des
professionnels du champ social, la supervision n’est pas
encore systématisée.
La supervision consiste à soumettre, à une personne en place
de superviseur, le discours d’une personne prise en charge
(son discours, mais aussi ses comportements et ses actes), et
la réponse (discours verbal et réponses non verbales).
L’objectif est l’élaboration de la situation tant du point de
vue de la personne prise en
charge que du professionnel.
La tâche est de repérer les différentes
facettes du transfert
de la personne à accompagner
et la part qui revient à chacun, à savoir soumettre le discours
du patient et l’acte du professionnel
au travail de l’analyse,
en faisant une place à la
dimension inconsciente.
Dans les structures d’accueil
et de prise en charge la
supervision est collective, ce
qui permet de confronter les expériences et les différents
points de vue entre personnes qui, à des places différentes,
rencontrent les mêmes bénéficiaires d’un service. Pour se
lancer dans l’exercice de la supervision, il faut en attendre
quelque chose (un effet de régulation) et des conditions
(régularité des rencontres, absences de supérieur hiérarchique,
confidentialité absolue du contenu et un superviseur extérieur à l’institution). La supervision est l’un des lieux possibles
qui permet de faire évoluer par un travail de prise de parole,
d’écoute et d’élaboration les modèles et les à priori que
nous véhiculons. Quelles représentations sont activées en
nous lorsque un entretien déborde de deux à trois fois
le temps initial prévu, lorsqu’il s’agit d’accompagner une
adolescente enceinte de six mois et qui prépare son départ
pour l’étranger en vue d’une interruption de grossesse, lorsque
l’on assiste, adulte et professionnel, à une scène douloureuse
vécue à l’identique enfant, lorsque le transfert
négatif d’une personne attaque la confiance que je peux avoir en moi-même d’autant plus que les scènes d’agressivité
se jouent devant d’autres patients, dans les situations de
polygamie, lorsque les grossesses se succèdent et portent
atteinte à la santé d’une femme, face aux troubles psychopathologiques…face à toutes ces situations qui nous rendent
impuissant ? Alors la supervision s’impose comme le seul
moyen de faire face sinon c’est la fuite.
La clinique mène souvent aux limites de ce qui est pensable
et le professionnel est confronté régulièrement à des situations
traumatiques. Le traumatisme freine le processus
psychique d’élaboration et de représentation car le vécu
traumatique n’est pas refoulé. Le sujet est ainsi soit coupé
de l’événement soit sans distance avec l’événement et assiste
au retour à l’identique du trauma dans sa vie psychique.
Face à ces situations, le
risque est grand pour les
professionnels d’occuper un
positionnement à l’identique à celui de la personne à
accompagner, c'est-à-dire de
ne plus pouvoir occuper une
fonction contenante. Même
s’il peut être difficile de l’entendre,
le trauma doit trouver
sa place dans le passé d’une
personne et non plus se vivre
au présent.
En conclusion, je soutiendrai
ce propos : le second temps de l’acte du professionnel est le
temps de la supervision, dans l’acte éducatif comme dans
l’acte pédagogique, tout autant que dans l’acte social et
dans l’acte thérapeutique. La supervision est aussi un moyen
de tendre vers une communication non violente. Poser la
supervision comme l’une des pièces du cadre c’est poser la
parole au centre du dispositif, et poser la subjectivité de
chacun comme un protagoniste incontournable. L’expérience
professionnelle ne doit pas être confondue avec l’habitude,
de même que supporter une situation n’est pas la travailler.
Il faut un espace de respect de sa parole et de son acte avec
l’offre d’essayer d’entendre la part de chair subjective :
soyons complice de notre acte !
|
|
Jean-Marc SUZZARINI
Psychologue clinicien - Psychanalyste
Sommaire de la Lettre n°52
Contact : info@fondation-enfance.org
© 2006 Fondation pour l'Enfance, 17 rue Castagnary - 75015 Paris |
| |
|