Situé à Meudon dans les Hauts-de-Seine, le Village éducatif Saint Philippe est l’un des sites de la Fondation
d’Auteuil, oeuvre d’Eglise créée en 1866, reconnue d’utilité publique en 1929. Il accueille, éduque et forme
toute l’année plus de 320 garçons de 12 à 21 ans en vue de les préparer à une insertion sociale et professionnelle.
Ces jeunes, confiés par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance ou par leur famille, rencontrent des
difficultés familiales, sociales, affectives et scolaires.
Les professionnels sont en contact direct avec ces jeunes
pour les aider à progresser dans leur apprentissage en milieu
scolaire, sur leur foyer de vie, dans les activités sportives et
culturelles. Dans la réalité du quotidien, ce travail éducatif
ne se fait pas sans difficultés. Les éducateurs ont à faire
face à des moments de découragement des jeunes, à des
refus, à des comportements non ajustés (mise en danger,
relations conflictuelles, insultes verbales, menaces, bagarres
entre jeunes, dégradations des biens …).
Certaines de ces situations sont parfois difficiles à gérer et
leur répétition au fil du temps, a des répercussions chez les
adultes : fatigue, voire épuisement, découragement, doutes,
remise en cause ….
Une volonté : soutenir et
accompagner les professionnels.
L’équipe dirigeante du Village éducatif Saint Philippe a choisi
de soutenir ces professionnels,
grâce à un projet de relecture
des pratiques éducatives.
L’objectif est de les aider à prendre
du recul sur leur façon d’intervenir auprès des jeunes mais
aussi entre eux, en équipe. Une chargée de mission a été
recrutée pour animer ces temps de relecture. Une mise en
place progressive est prévue en fonction des demandes
formulées par les équipes éducatives.
Oser une parole
Depuis septembre 2004, les éducateurs des Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS) se réunissent en équipe pendant 2
heures, toutes les 3 à 4 semaines. Ils présentent des situations
vécues. La personne responsable de la relecture des pratiques
favorise l’observation des faits. Elle aide à nommer ce que
chacun a pu vivre dans cette expérience.
Des éclaircissements concrets, des repères éducatifs peuvent être apportés, de nouvelles perspectives d’intervention
envisagées dans une dynamique interactive des participants.
Avec cette démarche d’observation, les adultes prennent
conscience des modes de fonctionnement, des enjeux liés
aux émotions ou aux frustrations. Ils apprennent à sortir de
l’urgence, à prendre du recul, à “ne plus être collés aux événements” par rapport aux jeunes et aux actes éducatifs
posés.
C’est un espace où ils peuvent “oser une parole sans être
jugés”. Toutes les préoccupations, les inquiétudes, les peurs,
les incompréhensions par rapport aux jeunes mais aussi par
rapport aux membres de l’équipe, peuvent être verbalisées.
Il est important de “mettre des mots sur les maux” pour
poser les difficultés voire les souffrances.
Ce travail a favorisé une dynamique de questionnement et
d’analyse dans les équipes. Les éducateurs ont appris à
dégager des objectifs communs, ont découvert les autres
dans des manières différentes de fonctionner et ont, peu à
peu, ajusté leurs pratiques éducatives. En apprenant à se
connaître et se reconnaître dans des compétences différentes
et complémentaires, le travail
d’équipe s’est unifié. “C’est un
lieu où nous avons retrouvé de
la force et de la motivation.
Notre équipe est plus cohérente
dans son action éducative”.
Une expérience à développer
Il n’est pas si facile que cela de
remettre en question ses pratiques, “cela est parfois décapant
mais c’est nécessaire pour progresser”. Les éducateurs
demandent à poursuivre ces temps de relecture pour avoir “un lieu de réflexion bien à nous” : “C’est un temps pour nous
les adultes, c’est un espace où l’on peut souffler, se poser, où
nous pouvons retrouver du calme, une forme de libération qui
permet de sortir des tensions ou des conflits et nous
permet de progresser dans nos interventions auprès des
jeunes et entre nous”.
Nous observons des changements chez les éducateurs : plus
de confiance en eux et dans les échanges avec les autres, de
la motivation retrouvée, davantage de concertation et de
créativité dans les façons d’intervenir seul ou en équipe.
Cette démarche de relecture ouvre de nouveaux chemins
dans les pratiques éducatives et peut à sa façon prévenir
l’usure des équipes.