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La Lettre de la Fondation pour l'Enfance - Lettre n°53

Dossier

Sommaire de la Lettre n°53

La médiation familiale : une aide pour les enfants, les adolescents confrontés à la séparation de leurs parents ?

La médiation familiale est apparue à la fin des années 80 en réponse au nombre croissant des divorces et de séparations, des conflits intra-familiaux. En 2002, puis 2004 le législateur a introduit ce mode alternatif de gestion des conflits dans le code civil. Puis en 2005 est créé le diplôme d'Etat des médiateurs familiaux, donnant ainsi une reconnaissance légale à ce nouveau métier. Plus communément connu pour l'accompagnement des divorces et/ou des séparations, aujourd'hui les contextes d'application de la médiation familiale se sont élargis à l'ensemble des conflits intra-familiaux

Aujourd'hui encore, environ 40% des enfants concernés par ces problématiques familiales n'ont plus de relation avec le parent dont ils ne partagent pas le quotidien ou encore saisissent un avocat, un magistrat pour pouvoir vivre avec le parent dont ils se sentent privés ou encore pour demander l'éviction de l'un des deux, voire pour quitter leurs deux parents et/ou leur demander une contribution financière.

Les enfants ne sont pas en dehors de ces conflits et réagissent par la culpabilité, le fantasme de réconciliation, la peur de l'abandon, la loyauté à l'un des deux parents, la parentification et cela en regard de leur âge, de leur développement identitaire et psychoaffectif. Ces situations peuvent avoir des conséquences importantes pour ces jeunes : trouble du comportement, actes de petite ou moyenne délinquance, etc… Cependant la Convention Internationale des Droits de l'Enfant indique le Droit de l'Enfant à avoir accès à ses deux parents, ses deux lignées.

Les enfants englués dans le conflit de leurs parents qui perdurent finissent par prendre partie, par en mettre un de côté et pourtant il leur faudra la connaissance et la présence des deux pour qu'ils ne deviennent pas des enfants "hérons" prenant appui sur une seule patte et qu'ils puissent s'envoler vers leurs vies d'adultes !

La réponse judiciaire ne permet pas toujours de pouvoir renouer ces liens, c'est dans cet objectif de soutien à une reprise de lien entre enfant et parent que nous avons créé une prestation spécifique : la médiation familiale parents/adolescents, parents/ jeunes adultes.

Les demandes peuvent nous être faites directement par les ados, leurs parents mais ces situations peuvent, également, nous être adressées par un magistrat, un professionnel de l'Action Sociale, un psychologue, un médecin..

Nous souhaitons, ainsi, soutenir les adolescents qui vivent cette transition familiale, pour :

  • leur permettre d'évacuer toute notion de culpabilité,
  • les aider à exprimer leurs besoins, leurs émotions,
  • les accompagner pour différencier leurs propres besoins de ceux de leurs parents,
  • rétablir la relation interrompue avec l'un de leurs parents,
  • les soutenir pour pouvoir communiquer et partager avec d'autres enfants, afin de restaurer le lien social.

Dans un premier temps, les parents seront reçus alternativement puis ensemble pour établir un "état des lieux" de la situation, puis l'adolescent seul. La médiation peut s'engager après avoir recueilli l'accord de tous dans le respect de l'autorité parentale conjointe socle de la construction de tout enfant.

Les entretiens se déroulent ensuite avec le parent et le jeune concernés, puis avec les deux parents pour se finaliser par un travail familial. A l'issue du processus les accords sont rédigés avec tous les acteurs de la famille et leur sont remis pour transmission aux avocats en vue d'une homologation par le magistrat, si la médiation est d'origine judiciaire.

Pour illustrer ces prises en charge, nous vous proposons d'entrer dans l'espace confidentiel de la Médiation Familiale, bien entendu l'identité et l'âge des protagonistes sont modifiés.

Angéline et Vanessa ont respectivement 16 et 14 ans, leurs parents ont divorcé il y a huit ans. Elles habitent au quotidien avec leur mère et voient leur père une fin de semaine sur deux.

Vanessa a demandé, par courrier, au Juge aux Affaires Familiales d'être entendue pour aller vivre chez son père. Pour cela elle a demandé l'aide d'un avocat d'enfant qui lui a expliqué le fonctionnement de la procédure et précisé ses droits d'enfant mineure.

Vanessa n'a pas pu parler de cette démarche ni à sa mère, ni à sa soeur. C'est par convocation que sa mère en a été informée…

On peut alors, imaginer ce qui a suivi : "Pourquoi ?" demande sa mère, "Si tu l'avais écoutée avant..." répond son père.

A l'incompréhension s'ensuit la rancoeur, tous les reproches contenus jusque lors fusent… L'idée même que sa fille puisse vouloir partir, passer au "camp de l'Autre" devient une blessure pour la mère et une culpabilité grandissante pour Vanessa. Choisir entre ses deux parents, est-ce vraiment ce qu'elle souhaite ? Pourquoi devoir choisir pour seulement se rapprocher de l'un de ses deux parents ?

Sa soeur Angéline ne comprend pas plus, le silence creuse une distance entre les deux adolescentes.

C'est sur la proposition du magistrat que les parents de Vanessa acceptent le principe d'une médiation familiale.

Dans un premier temps, nous recevons les deux parents pour permettre, à chacun, d'expliquer sa compréhension de la situation. Chacun reste sur ses positions, campant fermement disant et redisant leur compétence de parent, chacun nomme les mêmes compétences… La compréhension de la demande de leur fille ne se trouve pas là, il ne s'agit en aucun cas de désigner le "mauvais parent", mais cette blessure est de trop, voici plus de quatre années qu'ils ne se parlent plus, leurs filles passent d'une maison à l'autre sans un échange entre les parents, le parking est le "lieu d'échange"…

Rapidement ils acceptent que nous puissions recevoir Vanessa mais aussi sa soeur, nous leur indiquons qu'après ce travail avec leurs filles nous le reverrons, puis nous travaillerons avec l'ensemble de la famille, au rythme de l'évolution de la situation.

Angéline et Vanessa arrivent ensemble, leur mère les a déposées devant notre service. Dans un premier temps, nous leur proposons de les recevoir ensemble, puis nous les verrons séparément.

Deux adolescentes inquiètes, n'osant pas trop parler, nous leur présentons le cadre de notre travail, leur rappelons que leurs deux parents ont donné leur accord pour que nous puissions organiser cet entretien. Après quelques instants nous leur proposons de les voir séparément, nous leur précisons que nous ne prendrons pas de décision, elles non plus, mais nous les invitons à donner leur avis, dire de quoi elles ont besoin.

"Moi je veux qu'Angéline reste, dit fermement Vanessa, ça suffit je ne veux plus faire seule", Angéline acquiesce, "Oui il vaut mieux se dire les choses ensemble et avec vous, sinon c'est comme la première fois...". Nous acceptons leur proposition.

Dans un premier temps, nous leur demandons ce dont elles se rappellent de la séparation de leurs parents : "C'était un dimanche à la campagne, Papa et Maman étaient à la cuisine, ils nous ont dit qu'ils voulaient nous parler, l'une après l'autre, moi je me rappelle seulement que j'ai pleuré et que je ne pouvais pas m'arrêter" dit Vanessa, encore pleine d'émotion. "Moi je ne comprenais pas pourquoi" enchaîne Angéline.

Avez-vous pensé que cette décision pouvait être de votre faute ?, leur demandent t-on, "Bien sûr, ils se disputaient toujours à cause de nous, surtout à cause de moi" répond Vanessa.

Ce sentiment de culpabilité est récurent chez les enfants qui vivent une rupture, nous le leur expliquons, nous reprenons avec elle l'entretien, comme dans tout processus de médiation nous allons, avec elle, explorer pourquoi cette demande de Vanessa, ce qu'elle représente pour chacune, comment elles imaginent de possibles options de solutions, que voudraient-elles dire à leurs parents ?

Vanessa explique à sa soeur combien il a été difficile de faire cette démarche seule, sans en parler ni à elle, ni à leur mère, seul leur père savait. "J'avais honte, je ne savais plus comment faire et je n'arrivais pas à en parler", puis elle explique à sa soeur que si elle veut vivre davantage avec leur père c'est parce qu'elle en a besoin, elle partage avec lui plusieurs activités sportives et "quand je suis chez maman je m'ennuie de papa et quand je suis chez lui je voudrais être avec maman, alors je crois que j'ai vraiment besoin de partir un peu chez lui, je veux que sa maison devienne aussi la mienne, comme chez maman, et ce n'est pas parce que je le préfère à maman, j'ai besoin aussi de te voir...". L'émotion est tangible, Angéline protectrice reprend, "Mais comment vas-tu faire pour te réveiller seule le matin, tu vas oublier toutes tes affaires !".

Nous reprenons, nous les aidons à accepter qu'elles puissent avoir des besoins différents et à les reconnaître, comme tous les enfants simplement ! Et redisons à Angéline qu'elle n'est pas obligée de prendre sa soeur en charge, leurs parents sont là pour cela : "Faismoi confiance, lui répond Vanessa, je ne suis plus une petite fille".

L'entretien leur permet d'exprimer comment chacune imagine voir son quotidien s'organiser, nous leur proposons de raisonner en terme de fratrie, "quels sont les moments importants pour vous deux ?", rapidement des espaces communs apparaissent : les fins de semaine, les vacances, mais aussi des soirées dans la semaine, "J'ai trouvé, dit Vanessa, et si je propose à nos parents de pouvoir être une semaine sur deux avec chacun, comme cela nous serions ensemble tous les week-ends et quand je suis chez papa tu viendras au moins une fois par semaine, oui, c'est ça que je voudrais !".

Nous leur rappelons alors que nous allons prochainement revoir leurs parents que seuls eux peuvent prendre une décision les concernant puis, nous les recevrons, d'abord Vanessa et sa mère puis tous les quatre.

Elles nous proposent d'écrire une lettre à leurs parent et c'est Angéline qui commence. Elles se mettent au tableau de papier et décident d'écrire à droite ce qui est que pour leur mère, à gauche pour leur père et au centre pour les deux.

Elles commencent : "On voudrait que maman ne soit plus fâchée contre notre père" et de l'autre côté : "On voudrait que notre père accepte que l'on puisse téléphoner à notre mère", plus loin Vanessa explique sa demande de pouvoir vivre une semaine avec chacun et que "c'est parce que j'en ai vraiment besoin", d'autres demandes vont jaillir : "On voudrait pouvoir aller au restaurant au moins une fois par an avec vous deux".

Puis elles concluent en inscrivant au feutre rouge et en alternance un mot chacune : "ON VOUS AIME TOUS LES DEUX"

Nous avons revu les parents pour leur transmettre ce courrier, ils ont pu échanger, rechercher les solutions, puis nous avons reçu Vanessa et sa mère et enfin tous les quatre.

Les décisions ont étés prises par les parents, Vanessa partage à présent son temps une semaine avec chacun de ses parents, Angéline va chez son père une fois par semaine en fonction de son emploi du temps. Chacun des parents peut téléphoner aux filles lorsqu'il le souhaite, et ils ont accepté de fêter l'anniversaire de leur fille tous ensemble au restaurant !

Ils ont transmis leurs accords au magistrat qui les a homologués, mais ils ont surtout permis à leur fille de ne plus porter le poids de ce manque de dialogue, de cette césure entre deux espaces, entre deux maisons.

Il faut parfois du temps pour que la relation se retisse pour dépasser la souffrance et laisser place à une relation différente. Il faut surtout parfois ne pas hésiter à faire appel à un professionnel tiers qui va pouvoir accompagner la famille sans prendre parti, sans juger, pour que les rancoeurs se disent, pour que le conflit soit géré dans cet espace de confidentialité.

Jocelyne DAHAN
Médiatrice familiale,
Directrice du CERME

CERME
Association Loi 1901
Délégation Régionale de la Ligue Française pour la Santé Mentale

L'objet du CERME est de proposer à toute personne d'un groupe familial concerné par une rupture entraînant un conflit ou la perte du lien, un accompagnement spécifique par la médiation familiale. Son objectif prioritaire est la prévention des ruptures intra-familiales et des conséquences inhérentes à ces situations.
www.cerme.fr

Sommaire de la Lettre n°53

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