La diversification des modes d’intervention auprès de l’enfant et de sa famille constitue, avec le renforcement de la prévention et l’amélioration du dispositif d’alerte et de signalement, un des axes forts de la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance. Elle repose sur la rénovation du dispositif d’accompagnement social et budgétaire et sur l’introduction de nouvelles formes de prise en charge des enfants.
Pendant longtemps, la prise en charge des
enfants en danger se limitait à l’alternative
aide à domicile/placement de l’enfant,
celui-ci étant conçu comme un hébergement
à temps complet en famille d’accueil
ou en établissement. Cependant, différents
rapports dont ceux de P. Naves, du sénateur
de BROISSIA, ont montré la nécessité face à
l’évolution des publics, de sortir de cette
alternative et de proposer des réponses diversifiées,
à l’image de celles qui ont pu être
mises en place dans certains départements.
Ces pratiques ont été recensées et analysées
par l’Observatoire National de l’Enfance en
Danger (ONED) dans ses rapports annuels.
Souples, évolutives, modulables en fonction
des besoins de l’enfant et de sa famille, ces
formules correspondent à une nouvelle façon
d’accompagner les familles. Le législateur a
souhaité sécuriser ces pratiques, en leur donnant
une base légale et favoriser leur développement.
Ainsi de nouveaux dispositifs
d’accueil font, avec la loi du 5 mars 2007,
leur entrée dans le droit positif.
- La loi consacre tout d’abord l’accueil de
jour, mesure originale de soutien éducatif
sans hébergement, qui est mis en oeuvre,
soit à la demande des parents sur décision
du Président du Conseil général, soit sur
décision judiciaire. Dans le premier cas, il
s’agit d’une nouvelle prestation d’Aide
Sociale à l’Enfance (article L 222-4-2 du
code de l’action sociale et des familles).
Conçue comme une mesure de prévention
et d’aide à la famille, elle repose sur un
accueil du mineur, pendant tout ou partie
de la journée, dans un lieu situé, si possible,
à proximité de son domicile. L’objectif est
d’apporter un soutien éducatif à l’enfant
ainsi qu’un accompagnement aux parents
dans l’exercice de leur fonction parentale.
Dans le second cas, un outil intermédiaire
est mis à la disposition du juge, entre la
mesure d’assistance éducative en milieu
ouvert (AEMO) et le retrait de l’enfant de
son milieu familial. Celui-ci peut en effet
décider de confier l’enfant, si la protection
de celui-ci l’exige, à un service ou à un
établissement habilité pour l’accueil à la
journée (4° de l’article 375-3 du code civil)
- L’accueil exceptionnel et périodique est
inscrit du côté judiciaire comme une modalité
d’exercice particulière d’une AEMO
(article 375-2 du code civil). Il s’adresse
donc dans ce cadre à des enfants bénéficiant
d’une mesure de protection à domicile.
La loi offre en effet la possibilité pour
les services d’AEMO d’assurer un hébergement
exceptionnel ou périodique des
mineurs qui leur sont confiés. L’accueil périodique
permet un hébergement de l’enfant
selon une fréquence déterminée au
moment de la mise en place de la mesure
et qui peut être modifiée en fonction de
l’évolution de la situation. L’accueil exceptionnel
est une réponse ponctuelle, pour
une période limitée, à une situation qui ne
permet pas le maintien à domicile de l’enfant
: il vise par exemple à éloigner l’enfant
pendant une période de crise familiale, ces
situations ne nécessitant pas pour autant
un accueil durable. La procédure encadre
ce type d’accueil tout en lui conservant sa
souplesse. Ainsi le service d’AEMO doit être
spécifiquement habilité à effectuer cet
hébergement. De plus, lorsque le service
héberge le mineur en vertu de l’autorisation
donnée par le juge, il doit en informer
sans délai les parents, le juge des enfants
et le Président du Conseil général.
Ces formules qui reposent sur des temps
d’alternance entre le domicile familial et le
dispositif de suppléance familiale (famille
d’accueil, établissement) sont également
consacrées dans le cadre de la protection
sociale (administrative) : l’accueil provisoire
du mineur prévu à l’article 222-5 du code de
l’action sociale et des familles peut être à
temps complet ou partiel, modulable en
fonction des besoins du mineur, en particulier
de stabilité affective.
- L’accueil spécialisé fait également son entrée
dans la loi parmi la palette des modes
d’accueil. Il peut se développer dans le
cadre d’un accueil familial ou dans celui
d’un établissement ou service à caractère
expérimental et permet d’associer pour
des mineurs rencontrant des difficultés
particulières (troubles du comportement,
difficultés d’insertion sociale…), hébergement, suivi socio-éducatif et prise en
charge thérapeutique. La création de
structures à titre expérimental devrait permettre
d’apporter une réponse aux enfants
et adolescents qui présentent d’importantes
difficultés personnelles auxquelles
les établissementsmédico-sociaux classiques
n’apportent pas une réponse suffisante.
- La loi prévoit enfin une nouvelle forme
d’accueil d’urgence, celle des mineurs en
situation de rupture familiale. Le mineur
ayant abandonné le domicile familial et qui
se trouve en situation de danger immédiat
ou de suspicion d’un tel danger peut être
accueilli par le service de l’Aide Sociale
à l’Enfance, dans le cadre d’une action
préventive, pour 72 heures maximum, sans
autorisation des parents. Ces derniers ainsi
que le Procureur de la République doivent
toutefois être informés, sans délai, de cet
accueil. Il s’agit d’autoriser la mise à l’abri
des jeunes fugueurs et de mettre à profit
le temps d’hébergement pour évaluer la
situation et construire avec le jeune une
intervention adaptée (médiation par
exemple). Au terme de cette période,
deux solutions sont possibles si le retour de
l’enfant dans sa famille n’a pas pu être
organisé : une procédure d’admission à
l’aide sociale à l’enfance, si les parents
donnent leur accord, ou une saisine de
l’autorité judiciaire.
A côté de ces différents accueils, la loi met
également en place un nouveau dispositif
d’accompagnement social et budgétaire.
D’une part, elle crée une modalité d’aide à
domicile, l’accompagnement en économie
sociale et familiale, qui peut être proposée
aux familles rencontrant des difficultés dans
la gestion de leur budget familial ; d’autre
part, elle rénove avec la mesure judiciaire
d’aide à la gestion du budget familial, la
tutelle aux prestations sociales enfants en
modifiant notamment les conditions d’ouverture
de la mesure.
Des principes forts régissent toutes ces interventions
: l’individualisation de la prise en
charge avec l’obligation d’établir un projet
pour l’enfant, la continuité et la cohérence
des actionsmenées pour l’enfant et sa famille
mais surtout l’intérêt de l’enfant, le respect
de ses droits, la prise en compte de ses
besoins fondamentaux, qui doivent, nous dit
la loi, guider toute décision le concernant.