Une des missions de l’Oned, clairement affirmée par la loi du 2 janvier 2004 portant sur la création de l’Observatoire
National de l’Enfance en Danger, est de recenser les pratiques de prévention, de dépistage, de prise en charge médicosociale
et judiciaire, et de les faire connaître après évaluation. Un premier état des lieux a été consacré aux pratiques
se situant “entre AED/AEMO et placement”.
En effet, dans le souci d’une meilleure adaptation
des réponses aux difficultés des enfants
et des parents, le dispositif de protection de
l’enfance a vu se développer de nouvelles
modalités d’intervention, permettant de
sortir de l’alternative entre les interventions
en milieu ouvert (AED ou AEMO) et la suppléance
familiale (en famille d’accueil ou en
internat éducatif). La diversification des
modes de prise en charge en protection de
l’enfance remonte à la fin des années 1970 -
début des années 1980, mais c’est surtout à
partir de 2000 que l’on a observé le développement
de formules nouvelles. Ces initiatives
préconisées depuis de nombreuses années
dans les différents rapports ministériels sont
principalement issues d’une réflexion élaborée
dans le cadre des schémas départementaux,
donc portées par une volonté politique ;
l’influence des professionnels de terrain,
quant à l’analyse des besoins, est également
notable. Les deux modalités les plus pratiquées
sont l’accueil de jour d’une part, et
les formes de prise en charge associant
intervention à domicile et suppléance,
l’ONED ayant observé que les départements
choisissaient de développer plutôt l’une ou
l’autre formule.
Améliorer et diversifier les modes d’intervention
auprès des enfants pour mieux répondre
à leurs besoins constitue le troisième axe
de la loi du 5.03.2007, qui donne un cadre
juridique à certaines de ces formules par la
création de nouvelles prestations.
La démarche d’analyse de ces pratiques a
permis à l’ONED de proposer une classification
de ces dispositifs1 :
- Le relais parental
Il s’agit d’un lieu de proximité, construit sur
un mode de vie familial qui permet que
toutes les activités de l’enfant soient maintenues.
L’accueil des fratries, quel que soit
l’âge des enfants, y est possible. L’idée générale
est de reconnaître aux parents l’impossibilité,
à certains moments, d’assumer leur
fonction parentale 24 h/24 lorsqu’ils rencontrent
des difficultés personnelles ou sociales
passagères (hospitalisation, changement de
vie familiale...) ou lorsque les institutions
ne répondent pas à leurs besoins (horaires
de travail décalés, enfant déscolarisé en
attente d’un établissement...).
- Les services d’accueil de jour
Ils s’adressent à des enfants posant des
difficultés éducatives au domicile, souvent
accompagnées de difficultés d’apprentissage,
de problèmes de comportement les
marginalisant dans les dispositifs de droit
commun. Ces services proposent une palette
d’activités : soutien scolaire et éducatif intensifs,
activités individuelles ou en groupes.
L’enfant étant accueilli sur des temps non
scolaires ou sur des temps scolaires, selon
un rythme défini en fonction de son projet
individualisé. Bien que la prestation soit
centrée sur l’enfant, la place des parents
est primordiale dans le travail éducatif des
équipes. Par des entretiens individuels ou
familiaux, groupes de paroles…, ce soutien à
la parentalité, a pour objectif d’aider les
parents à retrouver et à mettre en oeuvre
leurs capacités à éduquer leurs enfants et
aussi à les amener à prendre appui sur les
dispositifs de droit commun.
Certains départements ont également créé
des services d’accueil de jour familiaux,
mode d’intervention collectif basé sur des
supports d’activités simples, proches des
actes de la vie quotidienne.
- l’accueil périodique (ou séquentiel)
Il s’agit d’une mesure de placement prévoyant
un accueil à temps partiel de l’enfant
sur des plages de temps prédéfinies que l’on
peut comparer à une modalité de garde
alternée entre la famille et le dispositif de
suppléance familiale. Il s’agit d’inverser certaines
logiques : au lieu de renvoyer l’enfant
chez lui le week-end, soit un laps de temps
long et souvent sans activité pour lui, d’alterner
des retours en semaine. Les parents sont
ainsi d’autant plus impliqués dans la prise
en charge de leur enfant (accompagnements
scolaires, à diverses activités ou suivis...),
l’intervention des éducateurs ne se limite
pas à la prise en charge dans le cadre de
l’internat, ils sont également amenés à
effectuer des entretiens au domicile de la
famille.
- les interventions associant intervention à
domicile et suppléance
Certains services partent d’une intervention
en milieu ouvert et permettent un hébergement
d’une nuit à quelques jours si la situation
familiale le nécessite, dans la structure ou
dans d’autres lieux suite à la mise en place
d’un partenariat (famille élargie ou d’accueil,
foyer de jeunes travailleurs...).
D’autres dispositifs, les plus courants, partent
d’un internat : l’enfant est confié, par une
mesure de placement, à un établissement qui en autorise l’hébergement au sein de sa
famille au quotidien. Après évaluation et si
la situation le nécessite, l’enfant réintègre
l’établissement le temps de gérer la crise
familiale.
Les équipes, souvent pluridisciplinaires,
accompagnent les parents dans leurs actions
éducatives à partir de leurs compétences,
sur des temps intensifs d’intervention. Les
pratiques s’appuient sur la notion de “faire
avec, être avec” dans une co-construction
d’expérience et de réponses avec les parents
qui passe par l’accompagnement lors d’actes
éducatifs ou de démarches du quotidien. Un
des objectifs mis en avant est de travailler
non seulement sur les difficultés mais aussi
sur les capacités des familles, afin de consolider
ou de restaurer le lien parents-enfant
en mobilisant également les ressources de
proximité. “De” ou “par” la prise en charge
de l’enfant, on passe à la notion de “prise
en compte” des parents comme acteurs du
projet défini avec eux pour leur enfant.
Dans ces nouvelles modalités, on observe
également une transformation de la posture
qu’occupent les professionnels. Auparavant
en position “d’experts”, ils se situent plus
particulièrement dans ces expériences dans
une position de co-éducation. Leur action est
plus particulièrement centrée sur le temps
présent et le vécu quotidien des familles que
sur une recherche des difficultés dans l’histoire
familiale.
En conclusion, le cadre juridique donné par la
loi du 5 mars 2007 à certaines de ces nouvelles
modalités de prise en charge devrait
contribuer à leur développement. Au-delà
des changements législatifs, en particulier
de la remise en cause de la distinction de
1958-59 entre mesure de milieu ouvert et
mesure de placement, ces nouvelles modalités
d’intervention peuvent favoriser une approche
par projets “sur mesure” en fonction
des besoins de l’enfant et d’une évaluation
globale des difficultés de la famille.
Il reste actuellement nécessaire de clarifier
les critères d’orientation vers tel ou tel type
de dispositifs, de faire évoluer les formations
pour articuler intervention en individuel et
collectif, sans oublier de penser et de mettre
en oeuvre des processus d’évaluation de ces
nouvelles prestations.
1. A noter que des fiches d’analyse de ces différents dispositifs sont consultables sur le site de l’Oned : www.oned.gouv.fr