Dans la nouvelle loi “Protection de l’enfance”, il est inscrit et défini un ensemble de mesures dites “alternatives”, à comprendre
comme “alternatives au placement”. D’autres mesures sont en revanche qualifiées de “complémentaires”. Toutefois,
puisqu’elles induisent la présence d’un tiers dans le “fonctionnement familial”, puisqu’elles permettent surtout une interrogation
de la place, de la fonction, des responsabilités et des actions de chacun au sein de cette famille, ces diverses mesures
qui se traduisent par une intervention à domicile, c’est-à-dire au sein du “foyer”, permettent un réel accompagnement
préventif qui permet d’agir en amont. Elles évitent, face à une dégradation de la situation familiale, de prendre d’autres
mesures de protection qui se caractérisent par un placement en dehors de la famille. C’est pourquoi nous pouvons également
les qualifier de “alternatives”.
Définissons dans un premier temps le cadre
de ces diverses mesures d’accompagnement
à domicile, pour évoquer plus précisément,
dans un second temps, l’exemple de l’une
de ces mesures, la mesure judiciaire d’aide
à la gestion du budget familial.
Le dispositif général de la protection de
l’enfance part du postulat que le maintien
de l’enfant dans sa famille naturelle doit,
chaque fois que cela est possible, être
recherché en priorité puisque c’est au sein
de la famille que se trouvent en principe les
meilleures conditions pour le développement
optimal de l’enfant. La famille est
pour l’enfant, en interaction avec l’extérieur,
un lieu de l’intériorisation des modèles
et des règles sociales, le lieu de la transmission
des valeurs, le lieu de la construction
de l’identité. Les mesures ont toujours une
visée éducative aussi bien pour l’enfant que
pour chacun des membres de sa famille avec
laquelle il vit. Les interventions à domicile,
convenues avec la famille, permettent d’affiner
la compréhension de la dynamique
familiale, de mieux connaître les difficultés,
les potentialités, les attentes des uns et des
autres, de comprendre les modes d’insertion
de l’enfant et de ses parents dans l’environnement
familial et social, de connaître le
contexte de vie de la famille et les conditions
quotidiennes d’éducation de l’enfant.
La nouvelle loi introduit dans le code civil
une nouvelle mesure, la mesure judiciaire
d'aide à la gestion du budget familial. Cette
mesure succède à la TPSE (tutelle aux prestations
sociales enfant). L’article 375-9-1 du CC
dispose dorénavant que “lorsque les prestations
familiales ne sont pas employées pour
les besoins liés au logement, à l’entretien, à
la santé et l’éducation des enfants et que
l’accompagnement en économie sociale et
familiale […] n’apparaît pas suffisant, le juge
des enfants peut ordonner qu’elles soient,
en tout ou partie, versées à une personnes
physique ou morale qualifiée, dite “déléguée
aux prestations familiales”.
Quelques principes caractérisent ce dispositif
rénové inscrit dans le chapitre de l’assistance
éducative.1
Un outil : l’argent
L’objectif de cette mesure n’est pas de
“ gérer à la place de...”, mais bien “d’apprendre
à gérer”. Cette dimension éducative
est fondée sur la maîtrise de “l’argent
qui irrigue le fonctionnement de la famille”
(Thierry Fossier). Les conditions d’utilisation
de l’argent sont un symptôme, donc un élément
fort du repérage du fonctionnement
et des problématiques de la famille, et un
outil, donc un élément primordial pour agir
sur ce fonctionnement.
Des objectifs : la reconstruction du lien
parent-enfant, le maintien de conditions de
vie matérielles décentes, la prévention et la
protection de l’enfant en le maintenant
dans son domicile
La famille est considérée dans sa globalité.
Il s’agit d’un système, et non pas une simple
somme d’individus, dans lequel chacun agit
en interaction. Saisir cette globalité est
essentielle dans le travail de protection de
l’enfance. La reconstruction du lien parentenfant,
passe par la restauration des conditions
d’existence et par la restauration de
la cohésion familiale. Aider les parents dans
l’exercice de l’autorité parentale, notamment
en prenant le temps d’expliquer, de
dédramatiser, de rassurer, de favoriser la
prise de conscience des parents, voire de
rendre possible la réflexion, sont autant de
leviers d’action sur les relations familiales.
Cette mesure s’appuie sur les capacités
d’évolution et de changement de la famille.
Elle engage chacun des membres de la famille
à comprendre, analyser puis modifier son
comportement, dans l’intérêt de l’enfant.
Les difficultés des parents à fournir à leurs
enfants un cadre de vie décent, des conditions
de scolarité stables, des loisirs, sont
autant d’indicateurs d’un besoin de prise en
charge. Rappelons que les prestations familiales
sont destinées à couvrir aussi bien les
besoins matériels (nourriture, logement…)
que les besoins liés au développement des
enfants, c’est-à-dire son épanouissement par
l’accès aux activités sportives ou culturelles,
à la lecture... L’utilisation par un tiers des
prestations familiales et sociales ainsi que l’aide à la gestion du budget familial sont
conçus afin de maintenir des conditions de vie
et favoriser l’exercice de la responsabilité
parentale, deux conditions pour un développement
équilibré de l’enfant.
Cette nouvelle mesure s’insérant dans le périmètre
de l’assistance éducative va permettre,
dans de nombreux cas, d’intervenir plus tôt
afin d’éviter le placement des enfants ou
l’irrémédiable dégradation de la situation
matérielle familiale. La mission est donc bien
de conduire une action éducative auprès des
familles dont les difficultés économiques
sont la partie visible du dysfonctionnement
familial.
Cette mesure, agissant tout à la fois sur les
réalités économiques, éducatives et sociales
des familles, a donc pour but d’améliorer les
conditions de vie des enfants et d’exercer
auprès de la famille une action éducative de
soutien à la parentalité. Elle s’avère donc un
levier essentiel de protection de l’enfance,
protection qui se fait avec la famille, au sein
de la famille, et non pas contre la famille
par le biais d’un placement extérieur. Sans
nier parfois, dans certaines situations extrêmes,
l’absolue nécessité d’instaurer cette
séparation, le mouvement familial considère
qu’il est du devoir de chacun des intervenants
d’amorcer la protection de l’enfant et
de favoriser son plein épanouissement au sein
de sa famille, puisqu’elle est plus à même de
subvenir à ses besoins matériels et affectifs
et à poser les repères nécessaires à un développement
équilibré. C’est pour cela que
l’UNAF a demandé que ce dispositif d’accompagnement
devienne un des volets de
la protection de l’enfance, dans un cadre
éducatif. Même s’il ne rentre pas dans la
catégorie “mesure alternative”, il s’agit
pour le mouvement familial d’une véritable
alternative au placement, décision extrême
à laquelle il faut convenir uniquement
quand l’ensemble des autres dispositifs
s’avèrent des échecs.
1. Les considérations qui suivent ont émergé lors de discussions dans des groupes de travail thématiques constitués à l’UNAF pour suivre la réforme de la protection de l’enfance et
d’échanges fructueux avec le CETT (Carrefour d’échange technique sur la TPSE)
2. Respectivement juriste en charge du dossier “TPSE/MJAGBF” à l’UNAF ; directeur de l’UDAF du Territoire de Belfort ; sociologue et sous directeur en charge de la recherche, des
études et des actions politiques à l’UNAF. Les auteurs ont publié dernièrement sur ce sujet : Marc Pimpeterre, “La TPSE : un outil au service de la protection de l’enfance et de
la famille”, Réforme du droit de la protection de l’enfance : du droit aux pratiques, Paris, Editions législatives, 2007 ; Gilles Séraphin, “Délégué à la tutelle et parent : une
rencontre autours du budget familial”, Informations sociales, Paris, CNAF, n° 133, juillet 2006, pp. 120-130.