A l’heure où la loi du 5 mars 2007 cherche à faciliter la diversification des modes de prises en charge dans le cadre des interventions
de protection de l’enfance, il peut être utile de regarder quelles sont les réponses développées dans ce domaine dans d’autres pays.
Nous évoquerons en premier lieu les interventions en milieu naturel de vie de l’enfant pour ensuite traiter des différentes formes
de suppléances familiales.
De l’importance des rapports entre les institutions
privées à but non lucratif et les pouvoirs
publics.
Tout d’abord une constatation : la richesse de
la diversité des réponses semble étroitement
liées à la nature des rapports entre un
tiers secteur non lucratif représenté en
France par le secteur associatif et les pouvoirs
publics. On peut distinguer trois modèles en
ce domaine.
Le premier, et sans doute un des plus répandus
de par le monde, consiste à promouvoir avant
tout l’action de représentants de la société
civile au sein de la communauté de vie de
l’enfant et de la famille, l’intérêt général y
est en premier lieu l’affaire des institutions
et personnes issues de la société civile. C’est
le cas des Etats-Unis ou encore de la Grande-
Bretagne. L’initiative première en matière de
constructions des réponses vient donc des institutions
privées, les services sociaux publics
viennent y acheter les prestations qu’ils pensent
pertinentes pour répondre aux besoins
de leurs usagers. D’où une grande liberté
d’initiative, mais aussi une forte vulnérabilité
économique pour les opérateurs et parfois
peu de contrôle de la qualité de la prestation.
Dans le deuxième modèle, existe une gestion
conjointe de l’intérêt général par les pouvoirs
publics et les grandes institutions issues de la
société civile, c’est le cas de l’Allemagne par
exemple. L’initiative revient prioritairement
comme dans le premier modèle au secteur
privé, mais les liens politiques, techniques et
économiques entre celui-ci et les pouvoirs
publics sont beaucoup plus étroits que dans
le modèle anglo-américain. Les représentants
du tiers secteur non lucratif sont associés à la
définition et à la gestion des politiques publiques,
mais les pouvoirs publics financent et
évaluent en amont, pendant et en aval les
besoins et les interventions que réalisent le
tiers secteur non lucratif.
Dans le troisième modèle, la France en l’occurrence,
l’intérêt général étant un monopole
des pouvoirs publics, le tiers secteur non
lucratif développe des prestations correspondant
aux besoins et aux normes définis par les
pouvoirs publics. Le potentiel d’initiative du
tiers secteur non lucratif, et sa légitimité
à le faire, est plus limité que dans les deux
premiers modèles car prédomine la culture
administrative publique, et les contraintes et
lourdeurs qui partout s’y attache.
L’intervention en milieu naturel de vie
Globalement, les pays des deux premiers
modèles ont développé des réponses plus
diversifiées que la France en matière d’interventions
auprès des familles et des mineurs
vivants dans leur milieu familial ou dans leur
communauté sociale d’appartenance.
La diversité se traduit par l’espace laissé au
travail direct et confidentiel avec des mineurs
ou des familles, par la place donnée au travail
d’aide aux aidants naturels, ou encore aux
actions collectives de nature variée.
La place importante accordée en Belgique et
Allemagne à l’action socio-éducative basée sur
une relation confidentielle entre les mineurs,
ou encore les familles, et les travailleurs
sociaux, repose sur des postures professionnelles
autorisées par des bases légales donnant
aux adolescents un statut de quasi-adulte,
et une légitimité à une forte autonomie du
travail social d’un tiers secteur non lucratif
associant professionnalisme et militantisme.
D’où aussi une gamme étendue de formes
d’hébergement en autonomie pour de jeunes
adolescents en rupture familiale.
L’aide aux aidants est illustrée en Suède par
le dispositif de familles contacts, un concept
assimilable à celui connu en France sous
le nom de famille relais. L’équivalent suédois
de l’AEMO française a été transformé de fond
en comble pour ses professionnels par le passage
d’un travail direct auprès des familles à
une recherche d’aidants de proximité pouvant
conseiller à domicile la famille en difficulté,
prendre le relais dans l’accueil des enfants si
nécessaire, le rôle des professionnels étant
alors de superviser, conseiller ces familles
contacts.
L’action collective (impliquant des familles
entières, des adultes ou des enfants uniquement,
des pères ou des mères etc… ) connaît
une légitimité et une place effective plus
importante qu’en France dans de nombreux
pays. Ainsi les équipes SOS enfants belges, qui
travaillent sur les questions de violences
intrafamiliales, conjuguent travail individuel,
familial, groupe de mineurs auteurs de violence,
groupe de mineurs victimes... Autre
exemple, les actions multifamiliales développées
dans plusieurs pays d’Europe et illustrées
en France par l’Accueil de jour multifamilial
de Beauvais (Oise, Association JCLT).
Globalement, l‘importance de la place accordée
au concept de “pouvoir d’agir/empowerment
des usagers” dans les relations professionnels/
usagers et la volonté politique de maîtriser les
dépenses du secteur Protection de l’enfance,
notamment celles relatives à la suppléance
familiale institutionnelle, accompagnent la
diversification des réponses.
Le domaine de la suppléance familiale
Les pays anglo-américains ont une forte culture
de fostering (l’accueil en milieu familial se référent
à la théorie de l’attachement). Familles
élargies, familles d’accueil rémunérées, familles
d’accueil ayant pour objectif l’adoption
de l’enfant accueilli constituent l’essentiel du panel de ressources dans ce domaine.
L’accueil collectif (type pouponnière) a été
banni pour la petite enfance, au nom du principe
de l’attachement et de la permanence.
Clairement posés par les lois de protection de
l’enfance, ces principes visent à donner à
l’enfant un milieu de vie stable, sécurisant et
permettant la création de liens d’attachement
secure. D’où la forte légitimité de
l’adoption (assimilable à l’adoption simple
française) comme ressource de protection
de l’enfance. L’accueil en milieu collectif est
réservé aux adolescents ne pouvant trouver
place dans une famille d’accueil, et la culture
professionnelle en matière d’éducation résidentielle
est relativement pauvre.
L’Allemagne, par contre, a une certaine répugnance
à offrir à un enfant une mère suppléante
par profond respect pour le lien
mère-enfant, ceci en raison d’une conception
de la place des femmes privilégiant la vie
familiale à la vie professionnelle, et se distinguant
donc très significativement de la France,
de l’Angleterre ou des pays du Nord. Ce pays
a donc une longue tradition d’accueil collectif,
aujourd’hui essentiellement réalisé en petites
unités de vie. Comme la Belgique, ce pays
présente une singularité en matière d’accueil
d’adolescents, car l’objectif est d’accompagner
ceux-ci vers l’autonomie à partir d’une
place de co-décideurs des actions le concernant.
Ces deux pays ont une forte culture
professionnelle en matière d’accueil résidentiel.
Si la France est moins riche de diversité que
certains de ses voisins en matière d’action de
type milieu ouvert, ce n’est plus le cas en ce
qui concerne les formes de suppléances familiales.
Avec son partage assez équilibré entre
les différentes formes de suppléance familiale
(accueil familial, accueil collectif, tiers
dignes de confiance, lieux de vie..), sa vision
offensive de l’appui à l’exercice de l’autorité
parentale se traduisant par une recherche de
co-éducation et une légitimité reconnue pour
les accueils institutionnels, notre pays présente
un des paysages les plus diversifiés d’Europe.
Sa culture professionnelle donne une place
importante aux différentes formes d’actions
éducatives. Toutefois, le milieu professionnel
français découvre aujourd’hui de nouvelles
formes de rapports à ses usagers issus de la
place croissante prise par les démarches évaluatives,
une évolution connue en Angleterre
et en Allemagne depuis plus d’une décennie
et aujourd’hui largement intégrée dans la
culture professionnelle du milieu social et
éducatif.