Sommaire de la Lettre
La Fondation pour lEnfance a 25 ans !
25 ans déjà ? ou à peine ?
-
Marceline Gabel -
Selon
que lon jette un regard optimiste ou pessimiste sur létat
de la protection des enfants maltraités en France
et donc sur la place quy tient dans ce champ la Fondation
pour lEnfance, on peut à coup sûr répondre
:
25
ans, cest peu, en considérant la somme et
la variété des travaux entrepris par la Fondation
pour lEnfance !
Mais
25 ans, cest beaucoup, si, considérant le
chemin parcouru depuis la prise de conscience de ce problème,
on doit alors considérer ce quil reste à faire
!
La
réflexion sur cet anniversaire oblige à prendre
en compte le temps et les efforts nécessaires pour modifier
les représentations mentales et les pratiques des professionnels
et de leurs institutions.
Depuis
les travaux de Tardieu en 1888, et en dépit de quelques
avancées
législatives et médicales, un long glacis avait
recouvert notre pays, jusquà ce que, Madame Simone
Veil, Ministre de la Santé et de la Sécurité
Sociale missionne Monsieur Jean-Louis BIANCO en 1978 pour établir
un état de la question.
Portée
par cet intérêt officiel, dès novembre 1979,
la Fondation pour lEnfance produit un rapport remarquable,
où tout était déjà dit ! Autour du
Conseil dAdministration de la Fondation, un nombre important
de personnalités qualifiées (magistrats, pédiatres,
pédopsychiatres, policiers, travailleurs sociaux et la
Mission Enfance de la Direction de lAction Sociale du Ministère)
avaient été réunies et entendues.
Le sommaire de ce rapport suffit, à lui seul, à
montrer que tous les aspects de ce problème difficile avaient
déjà été envisagés : lévolution
quantitative, les caractéristiques des familles, le signalement
et ses carences, le traitement et la prévention. Suivaient
des propositions aussi innovantes que prémonitoires pour
lesquelles la Fondation pour lEnfance indiquait alors que
«ces propositions doivent être placées dans
une perspective à long terme, parce quelles mettent
en jeu des mentalités et des comportements plus que des
structures institutionnelles ou des règles juridiques».
Loin de se contenter de dénoncer les points de blocage
dans les mentalités, la Fondation sest dotée
des moyens dagir.
Cet
appel réaliste à la patience naura pas empêché
une mobilisation rapide dans différentes directions
:
- campagnes de sensibilisation du grand public : affiches,
documents, manifestations denfants
- élaboration et publication de documents ciblés
à lintention des diverses catégories de professionnels
médicaux et sociaux ;
- développement dun centre de documentation et
dune bibliothèque où dossiers spéciaux
et ouvrages peuvent être préparés ;
- informatisation des travaux et recherches spécifiques
aux abus sexuels dans le cadre de la préparation de la
première campagne officielle de prévention des abus
sexuels
en 1989 ;
- mise en place en 1985 dun prix scientifique destiné
à distinguer les travaux les plus remarquables sur lenfance
maltraitée.
Un grand nombre dentre eux, publiés, prennent place
aujourdhui dans les bibliographies citées ;
- étude préliminaire en Italie, qui a permis
au cours de laudition de la Fondation, à la Commission
Barrot, de recommander la création du Téléphone
Vert National, inscrit effectivement dans la Loi du 10 juillet
1989 ;
- mise en place de formations thématiques dans le cadre
de la formation continue des professionnels, et de formations
sur sites, plus transdisciplinaires ;
- publications de dossiers thématiques dans la collection
«prévenir et protéger» : interactions
précoces, medias et enfance, et dès 1993, la paternité
;
- soutien technique et logistique pour des équipes de
chercheurs qui peuvent poursuivre et valoriser leurs travaux par
leur publication ou lorganisation de colloques autour des
thèmes étudiés : résilience, abus
sexuels et justice
;
- soutien actif à la Grande Cause Nationale 1997 : La
Protection des enfants maltraités.
Cet
intérêt pour les enfants maltraités et la
réflexion qui a été conduite dans ce champ
depuis 25 ans, ont été largement diffusés
hors de France, par les relations que la Fondation pour lEnfance
entretient à létranger.
Au-delà du bilan et des propositions faites dès
1979, la Fondation sest ainsi dotée très vite
doutils diversifiés et de qualité dans les
axes principaux de linformation, de la formation et de la
recherche.
Elle
a été, pour les pouvoirs publics, un lieu de mise
en uvre rapide doutils mais aussi un lieu de réflexion
et dexpérimentation (Allô Maman Bébé)
tout en sachant garder lespace de liberté propre
au monde associatif.
La
Fondation pour lEnfance a ainsi permis dexpérimenter
cette association du privé où le bénévolat
peut prendre sa place, et du public. Cela reste sans aucun doute
la plus grande garantie pour que, dans la protection des enfants
maltraités « si tout le monde bouge, ça bougera
».
Marceline
Gabel
Secrétaire Générale
de la Grande Cause Nationale 1997