Mon enfant est victime

Votre situation

Votre enfant est victime de violence à l’école, au collège ou au lycée ? On lui attribue des surnoms blessants, on le bouscule, on lui donne des coups ? Les autres rigolent quand il/elle participe en classe, ne veulent jamais jouer ou déjeuner avec lui/elle ? Il/elle a peur d’aller en récréation ? Vous vous interrogez sur ce que vous pouvez faire pour que cette situation s’arrête ?

Le harcèlement n’est pas normal et est interdit. Aucun élève n’a à le subir.

Dans cette fiche, vous trouverez une description précise de ce qu’est le harcèlement, des informations sur la façon dont vous pouvez venir en aide à votre enfant et un rappel de ce que la loi prévoit en cas de harcèlement.

Qu’est-ce que le harcèlement exactement ?

Le harcèlement est souvent l’accumulation de petits incidents qui, à la longue, finissent par user la victime. Il est donc parfois très difficile de le distinguer d’une simple dispute entre enfants.

On parle de harcèlement lorsque les violences sont répétitives, infligées dans l’intention de nuire et que la victime est dans l’incapacité de se défendre.

Qu’entend-t-on par « incapacité de se défendre » ? Il est fréquent que le(s) harceleur(s) installe(nt) une relation de domination collective sur la victime en faisant des témoins les complices de la situation. Dans ce cas, la victime ne trouve ni empathie, ni réconfort chez ses camarades et se retrouve seule et sans défense.

Le harcèlement peut survenir à n’importe quel âge et dans n’importe quel milieu social. Selon les projections du ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, il y aurait 700 000 élèves harcelés en France et plus d’un(e) élève sur 10 à l’école et au collège. Le harcèlement n’est donc pas un phénomène ne concernant que les adolescents et les quartiers sensibles.

Les différentes formes de harcèlement

Le harcèlement se manifeste sous de multiples formes et, le plus souvent, sous plusieurs formes en même temps.

Nous vous proposons ci-dessous une catégorisation des différentes formes de harcèlement qui pourra peut-être vous aider à clarifier la situation de votre enfant :

  • le harcèlement d’appropriation : le vol d’argent, d’affaires, de goûter, etc. ;
  • le harcèlement physique : les coups, les bousculades, les griffures, les morsures, les séquestrations (dans les toilettes par exemple), etc. ;
  • le harcèlement psychologique : mise à l’écart et rejet (refus de jouer, de travailler ou de manger avec un autre enfant, refus de se mettre dans la même équipe en cours de sport), accusation de quelque chose qui n’a pas été commis, etc. ;
  • le harcèlement verbal : moqueries, surnoms méchants, insultes et menaces ;
  • le harcèlement sexuel : tenir des propos à caractère sexuel, forcer des rapports sexuels, mais aussi embrasser, déshabiller ou toucher un autre enfant contre sa volonté.

Le cyber-harcèlement

On parle de cyber-harcèlement lorsque les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication), telles qu’Internet, les smartphones ou les réseaux sociaux, deviennent des instruments de harcèlement.

L’enfant victime de harcèlement est inondé(e) de contenus malveillants visibles par tous (des photos humiliantes, des vidéos dégradantes, des commentaires moqueurs, des messages menaçants, des rumeurs blessantes…). Les contenus se répandent très rapidement car les informations s’échangent instantanément en circulant de portable en portable, par exemple.

Le cyber-harcèlement est dangereux car ses proportions sont complètements démesurées : il est massif et permanent. Les victimes sont sous pression continuellement (la nuit, le week-end, en vacances) et n’ont plus de lieu de refuge.

En tant que parent, vous avez un rôle à jouer dans l’enseignement de l’usage d’Internet afin de prévenir votre enfant des dangers du cyber-harcèlement. Il est important que les jeunes connaissent les bonnes pratiques sur Internet pour qu’ils sachent se protéger et agir contre le cyber-harcèlement.

Comment savoir si votre enfant est harcelé(e) ?

Comment savoir si votre enfant est victime de harcèlement, alors même que vous n’êtes pas à l’école avec lui/elle ? Il y a parfois des signes qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille.

En voici quelques exemples :

  • Les stratégies d’évitement

Les stratégies d’évitements sont tous les plans, astuces et manœuvres que votre enfant met en place pour éviter tout ce qui touche de près ou de loin à l’école.

Par exemple, si votre enfant cherche à ne pas faire le chemin de l’école seul(e) et qu’il/elle vous demande de l’accompagner, cela peut être un signe. Le chemin de l’école est un moment propice au harcèlement car les enfants ne jouissent alors d’aucune surveillance adulte.

Les maladies à répétition peuvent également être un indice. Rester à la maison lui permet de ne pas aller en cours et d’échapper à ses camarades.

Si vous sentez que votre enfant fuit l’école, vous pouvez peut-être demander à ses professeurs quel est son comportement à l’école. S’il/elle tente d’éviter les temps de groupe, telles que la récréation ou la pause du midi, c’est certainement qu’il/elle rencontre des difficultés avec ses camarades.

  • Les affaires abîmées

Dans une situation de harcèlement, il est très fréquent que l’on s’en prenne aux affaires scolaires de l’enfant victime.

Si votre enfant revient souvent avec des affaires abîmées ou manquantes, qu’il/elle perd souvent sa trousse, oublie ses cahiers à l’école, dit avoir déchiré son pantalon en tombant… c’est peut-être qu’il/elle fait l’objet d’attaques par ses camarades.

Pourquoi votre enfant est harcelé(e) ?

Votre enfant n’est pas harcelé(e) à cause de son physique, de ses origines, de son orientation sexuelle, de son milieu social ou parce qu’il/elle est différent(e). C’est avant tout parce que l’élève qui harcèle a senti une certaine vulnérabilité chez sa victime qu’il/elle a décidé de la malmener.

C’est dans un second temps qu’il/elle se sert d’une particularité pour accentuer sa vulnérabilité.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas de profil-type d’enfants harcelés. Tous les enfants peuvent être victimes de harcèlement un jour parce qu’ils représentent un danger (ils sont nouveaux ou populaires…), parce qu’on les jalouse (ils ont de bons résultats scolaires, par exemple), etc.

Tout comme il n’y a pas de profil de victime, il n’y a pas de profil de harceleur(euse). Les raisons pour lesquelles un enfant harcèle peuvent être variées et n’ont que très rarement un lien avec l’éducation ou un problème pathologique. Dans la majorité des cas, l’enfant harcèle par peur d’être seul(e) ou rejeté(e) du groupe, ou encore parce qu’il/elle a été blessé(e) et qu’il/elle a besoin de faire ressortir cette blessure intérieure. Les cas où l’enfant qui harcèle présente des troubles de la personnalité sont très minoritaires.

Les conséquences du harcèlement

Le harcèlement est une grande souffrance pour l’enfant qui le subit et elle peut avoir des conséquences lourdes. L’enfant peut passer 7-8h de sa journée, 5 jours par semaine, dans un environnement violent, sans compter le cyber-harcèlement qu’il/elle peut aussi subir une fois rentré(e) à la maison.

Les mauvais traitements répétés peuvent profondément entamer sa confiance en les autres et son estime de soi. Cela peut notamment le pousser à se replier sur lui/elle et à s’isoler, à ne plus aller vers les autres par peur d’être encore blessé(e).

Il arrive souvent que pour fuir les humiliations qu’ils y subissent, les enfants victimes de harcèlement évitent l’école, multiplient les absences pour maladie ou sèchent les cours. Ils peuvent alors se retrouver en situation de décrochage scolaire, ce qui, à terme, peut compromettre leur avenir scolaire puis professionnel.

Le harcèlement peut entraîner un état dépressif chez l’enfant, qui peut s’accompagner de troubles (anorexie, insomnie, état léthargique…), de conduites auto-agressives ou, dans les cas les plus graves, de comportements suicidaires.

Les conséquences du harcèlement peuvent être traumatiques pour votre enfant, c’est pourquoi il est essentiel de ne pas laisser la situation s’ancrer.

Que faire contre le harcèlement ?

En parler avec votre enfant

La première des choses à faire est d’en parler avec votre enfant. Dans un premier temps, évitez d’aborder le sujet de manière trop frontale, en lui posant des questions directes du type « Est-ce que tu es harcelé(e) à l’école ? », cela pourrait le braquer et rompre le dialogue. Posez-lui plutôt des questions ouvertes comme : « Comment ça se passe à l’école ? », « Comment t’entends-tu avec tes camarades ? », « A ton avis, pourquoi tes camarades t’embêtent-ils ? ». Si vous sentez que votre enfant n’arrive pas à en parler, posez alors des questions explicites et fermées, auxquelles il/elle pourra répondre simplement par « oui » ou « non », comme « Est-ce que tu es harcelé(e) à l’école ? ». Il/elle saura alors que vous êtes prêt(e) à tout envisager, tout imaginer de ce qu’il peut se passer à l’école, ce qui peut le/la rassurer.

Gardez à l’esprit que le harcèlement est une honte pour votre enfant et qu’il/elle a peut-être peur de représailles. Il/elle ne sera donc pas forcément disposé(e) à en parler. S’il/elle ne répond pas, tentez de créer un climat de confiance avec lui/elle, de vous montrer disponible et à l’écoute pour l’encourager à se livrer.

En parler avec un(e) adulte de son établissement

Il est également important de signaler la situation à un adulte de l’établissement de votre enfant (un(e) professeur(e), le/la CPE, l’assistant(e) d’éducation, la direction, l’assistant(e) de service social, l’infirmier(ère), le/la conseiller(ère) d’orientation psychologue…). Il est important que vous échangiez avec les personnes chargées de s’occuper de votre enfant à l’école pour aider à la résolution du problème.

De plus, ils sont les mieux placés pour mettre en place des solutions adaptées à votre enfant et au(x) camarade(s) qui le harcèle(nt) (rappel des règles et de la loi et accompagnement éducatif, aide psychologique dans l’établissement ou à l’extérieur).

Surtout ne tentez pas de régler le problème seul(e) en allant voir les parent de l’enfant qui harcèle. La présence d’une personne extérieure est toujours nécessaire pour venir à bout d’un conflit et éviter les tensions entre familles et entre enfants. Le harcèlement scolaire doit pouvoir être connu des professionnels éducatifs et péri-éducatifs afin que tous les adultes qui entourent l’enfant puissent le/la protéger.

Récolter des preuves

Mettez par écrit tous les détails dont se souvient votre enfant : noter la date, l’heure, les personnes présentes, la description de ce qu’il s’est passé, qui a dit quoi, si ça s’est répété, mais aussi le ressenti, et les réactions de chacun face à cette situation, etc.

Si votre enfant est victime de harcèlement sur les réseaux sociaux ou par messages et que vous pouvez conserver des preuves (captures d’écran, enregistrement des messages…), faites-le. Vous pouvez vous faire aider par d’autres parents d’élèves.

Porter plainte ?

Si les violences sont très graves et qu’aucun adulte ne prend conscience de la gravité de la situation, vous pouvez envisager de porter plainte. Attention, l’action en justice est très longue et maintient l’enfant en position de victime bien après les faits. Elle ne se substitue pas à une action éducative.

Changer l’enfant d’établissement ?

Il n’est pas toujours facile de répondre à cette question : est-ce que changer mon enfant d’établissement ne risque pas de lui donner l’impression d’être puni(e) alors qu’il/elle n’a rien fait de mal ? Est-ce que les problèmes de harcèlement ne vont pas recommencer ailleurs ?

L’enfant risque de se retrouver à nouveau harcelé(e) si aucun travail du réseau éducatif n’est mis en place pour l’aider à faire face à cette situation et lui redonner confiance en soi. Si l’enfant sent que le corps enseignant de son école lui apporte un soutien, que ce sont des adultes en qui l’enfant peut avoir confiance, et il/elle saura que le harcèlement n’est pas une fatalité car il est possible de s’en défaire. Pour ces raisons, prenez contact en premier lieu avec l’école ou l’établissement en question pour en discuter avec la direction et le personnel éducatif avant d’envisager un changement. N’hésitez pas à vous faire appel au « référent harcèlement » de votre académie.

Si des actions ont déjà été tentées en vain, que votre enfant se trouve toujours en danger physique ou psychique, que l’école ou l’établissement ne répond pas à vos appels à l’aide, il est toutefois nécessaire de le mettre à l’abri de ses harceleurs. Un changement d’établissement est envisageable à ce moment-là. L’accompagnement de votre enfant par un(e) psychologue peut être utile pour préparer ce changement, qu’il se fasse en cours d’année ou lors de la nouvelle année scolaire, et pour renforcer l’estime de soi de votre enfant.

Appeler les numéros d'aide

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NON AU HARCÈLEMENT

En appelant le 3020, vous serez mis en contact avec des conseillers spécialisés dans la question du harcèlement. Ils vous écouteront et vous aideront à trouver une solution. N’hésitez pas, c’est gratuit, anonyme et confidentiel (du lundi au vendredi de 9h à 18h, sauf les jours fériés).

 

 

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NET ÉCOUTE

Si le harcèlement a lieu sur Internet ou par téléphone, vous pouvez appeler le 0800 200 000. Des conseillers répondront à toutes vos questions de façon totalement anonyme et confidentielle. L’appel est gratuit depuis un fixe, et le prix est celui d’un appel local depuis un mobile (ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h, sauf jours fériés).

Mener des actions de sensibilisation

Vous pouvez également demander à ce que des actions de sensibilisation au harcèlement soient mises en place dans l’école ou l’établissement de votre enfant pour éviter que cela ne se reproduise. Les actions de prévention sont un bon moyen de lutter contre le harcèlement. Vous pouvez donc vous renseigner sur ce qu’il est possible de développer dans l’établissement de votre enfant, en partenariat avec les parents d’élèves et l’équipe pédagogique. Voici quelques idées : le prix « non au harcèlement », le dispositif « ambassadeurs lycéens », les interventions sur les bons usages d’Internet et sur les risques comme le cyber-harcèlement, le cyber-sexisme et les autres formes de cyber-violence réalisées par l’association e-Enfance.

La loi et vos droits vous protègent

Les droits de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE)

Articles 2, 3 et 28 de la CIDE :

Articles 2 et 3 : tous les enfants du monde sont égaux et doivent être protégés contre la violence, la maltraitance et la discrimination.

Article 28 : tout enfant doit pouvoir bénéficier de la même instruction et pouvoir aller à l’école dans un environnement favorable à son apprentissage.

Le harcèlement est interdit et puni par la loi

Il y a harcèlement scolaire lorsqu'un(e) élève a des propos ou comportements répétés vis-à-vis d'un autre élève ayant pour but ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie. Ils se traduisent par une altération de la santé physique ou mentale de la victime.

Les faits sont sanctionnés qu’ils aient été commis au sein ou en dehors des bâtiments de l’établissement (article 222-33-2-2 du Code pénal).

Le ou les auteurs de harcèlement risquent, en fonction notamment de leur âge et de celui de la victime, une amende pouvant aller jusqu’à 45 000 € et une peine de prison pouvant aller jusqu’à 3 ans. En fonction de la gravité, les faits peuvent être qualifiés de violences volontaires, faisant ainsi risquer à l’auteur jusqu’à 100 000 € d’amende et 7 ans de prison. Dans ce cas, la victime mineure au moment des faits peut porter plainte jusqu’à ses 38 ans.

Les menaces de mort et les incitations au suicide sont également interdites (articles 222-17  et 223-13 et du Code pénal). Le ou les auteurs risquent, pour une menace de mort réitérée et/ou matérialisée par un écrit, une image ou tout autre support jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 € d’amende. La provocation au suicide est punissable jusqu’à 5 ans de prison et 75 000 € d’amende si elle s’est accompagnée d’un suicide ou d’une tentative de suicide de la victime.

L’obligation de signaler un(e) enfant en danger

En cas de harcèlement, la loi oblige à intervenir. Toute personne, même couverte par le secret professionnel, ayant eu connaissance d'atteintes sexuelles, ou de violences (physiques ou psychologique) infligées à un(e) mineur(e), s'expose à des sanctions pénales si elle n'en informe pas les autorités judiciaires ou administratives.

La peine encourue est de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende (article 434-3 du Code pénal).

Logo de l'École des Parents et des Éducateurs - Île-de-France

Cette réponse a été rédigée par l’équipe de la Fondation pour l’Enfance, en s’appuyant notamment sur les recommandations établies par le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. L’École des Parents et des Éducateurs – Île de France, qui opère les appels reçus au 3020, y a aimablement contribué en faisant part de son expertise sur le sujet.

Mise à jour le 07/12/2016

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