Mon enfant se radicalise

Votre situation

Vous observez chez votre enfant un intérêt soudain et/ou excessif pour une idéologie (une religion, un parti politique ou activiste) ? Ses comportements changent (comportements alimentaire, vestimentaire…) ? Il/elle tient des propos « limites » et surfe sur des sites ou des forums radicaux ? Il/elle s’éloigne de ses amis, sa famille et/ou est en rupture scolaire ?

Cela peut être des signes d’une radicalisation. Plus tôt la situation est prise en charge, plus il est facile d’éviter la rupture radicale et l’exposition à des opérations de recrutement ou de passage à des actes violents.

Vous trouverez dans cette fiche une définition de la radicalisation et de ses mécanismes, une grille d’indicateurs comportementaux établie par le CAPRI (Centre d’action et de prévention contre la radicalisation des individus) et des informations sur ce que vous pouvez faire face à cette situation.

La radicalisation, c’est quoi exactement ?

La radicalisation est le fait de défendre ou d’envisager des actions violentes en soutien à une idéologie, qu’elle soit religieuse, politique ou séparatiste. Elle s’exprime souvent par la contestation violente de l’ordre public et de la société, ainsi que par une marginalisation vis-à-vis du système.

Elle touche aussi bien des individus isolés que des groupes de personnes, des (pré-)adolescents que des jeunes adultes, tous milieux sociaux confondus, favorisés comme défavorisés, ruraux comme urbains, vivants en centre-ville comme en banlieue. Si le processus de radicalisation est facilité par une situation d’isolement et/ou d’échec scolaire, il peut également affecter des filles et des garçons qui semblent parfaitement insérés dans la société.

Les 3 étapes de la radicalisation

L’étude menée par le Groupe de recherche belge Governance of Security décrit 3 stades dans le processus de radicalisation : le radicalisme, l’extrémisme et le terrorisme.
  • Le radicalisme

Dans cette première étape, le contexte social est capital. Un sentiment de discrimination et de manque d’attention à l’égard de l’enfant et de la minorité à laquelle il/elle appartient pourrait être une des causes de la radicalisation. Il/elle se sent peu écouté(e), incompris(e) et marginalisé(e), ce qui le pousse à se tourner vers des idéologies radicales. Il existe bien sûr d’autres leviers de radicalisation comme les troubles psychiatriques par exemple.

  • L’extrémisme

Cette seconde phase fait naître chez l’enfant « la volonté d’accepter le recours à la violence, sans pour autant passer à l’exercice de la violence ». Par la multiplication des arguments et la pression qu’il/elle exerce, le groupe endoctrine peu à peu l’enfant et lui fait adopter des opinions de plus en plus extrêmes. La menace d’un ennemi commun, complètement déshumanisé par le discours, renforce la cohésion au sein du groupe et justifie l’usage de la violence.

  • Le terrorisme

C’est la dernière phase du processus, lorsque la radicalisation atteint son paroxysme. On parle de terrorisme quand on observe chez l’enfant  des « comportements violents résultant d’une idéologie qui est partagée par au moins un groupe limité ». Le passage au terrorisme survient lorsque qu’il n’y a aucun autre moyen d’atteindre le but recherché.

Radicalisation et emprise mentale

La radicalisation relève d’un processus « d’emprise mentale », également appelé « sujétion de l’esprit » dans le vocabulaire juridique et administratif. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

L’emprise mentale est définie par Anne Fournier, conseillère de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), comme « une construction par laquelle on suscite l’adhésion durable, progressive et extensive d’un individu ou d’un groupe d’individus en utilisant des méthodes sophistiquées de persuasion ».

Le but est d’obtenir ce que l’on veut de la personne en lui faisant croire qu’il s’agit de son propre choix. Progressivement, le groupe l’amène à entrer dans un processus de transformation, à accepter certaines idées, à participer à certaines activités, à se soumettre sans réserve, voire à développer un dévouement fanatique ne laissant plus de place à aucune autre référence.

L’emprise mentale est un processus qui trouve sa source dans notre environnement, le plus souvent par le biais de contenus radicaux (photos, vidéos, textes…) diffusés sur Internet. Le CAPRI a étudié la méthode qui est souvent employée dans les vidéos de propagande, et a relevé 6 procédés récurrents :

 

  1. Raconter une histoire mythique : la référence au mythe renvoie aux histoires de notre enfance et aux légendes. Cet ancrage historique capte l’attention et procure profondeur et importance à ce qui est dit ou écrit, tout en conférant un aspect intemporel au discours. Le/la spectateur(trice) ou le/a lecteur(trice) est donc disposé(e) à écouter ou lire la suite.
  2. Insinuer le doute : faire croire que l’on vit dans le mensonge, que la vérité a été dissimulée, que l’on subit… jette le trouble dans l’esprit du spectateur ou du lecteur. L’installation du doute crée un stress chez lui dont il/elle ne peut plus se débarrasser.
  3. Multiplier les preuves : accompagner le discours d’images réelles ou de faits réels, détournés et présentés afin de faire accepter le discours comme une vérité absolue, permet de prouver au/à la spectateur(trice) ou au/à la lecteur(trice) qu’il/elle a raison de croire ce que qu’il/elle voit, entend ou lit.
  4. Offrir une solution : donner la sensation au/à la spectateur(trice) ou au/à la lecteur(trice) qu’il/elle passe du fait de subir à celui d’agir permet de diminuer son anxiété et de renforcer sa soumission.
  5. Donner l’illusion du choix : le fait d’avoir fait sentir au/à la spectateur(trice) qu’il/elle subit, de l’avoir mis(e) dans une situation de stress puis de lui montrer qu’il/elle peut agir et que cela le/la soulage, facilite la démarche consistant à lui faire croire qu’il/elle prend la décision d’adhérer au discours et de suivre les idées lui/elle-même.
  6. Répéter : la multiplication des exemples, des images et des effets visuels et sonores participe au matraquage de l’esprit. Cela donne l’illusion que le monde est tel qu’il est décrit ou mis en scène.

Quels sont les signes d’une radicalisation ?

Si vous avez des doutes sur la radicalisation de votre enfant, nous vous proposons ci-dessous une grille d’indicateurs définis par le CAPRI qui vous aidera peut-être à clarifier la situation. Faites cependant attention à ne pas tirer de conclusions hâtives ou à remplacer l’évaluation de professionnel(le)s par cette grille.

Les indicateurs non-significatifs
  • Argumenter avec ferveur pour défendre ses convictions
  • Exprimer son identité ou son appartenance religieuse avec des signes visibles
  • Prendre position et militer pacifiquement pour défendre une cause liée à un groupe
  • Afficher un intérêt marqué pour l’actualité nationale ou internationale
  • Exprimer une volonté de réintégrer ou d’approfondir une pratique religieuse ou politique
  • Adopter de nouvelles croyances n’allant pas à l’encontre du vivre-ensemble
Les indicateurs préoccupants
  • Adhésion à des théories complotistes et conspirationnistes
  • Discours de vérité absolue, paranoïaque, anti-social ou raciste
  • Obsession de la fin du monde ou discours messianique (croyance en un messie)
  • Isolement des amis ou des loisirs et fréquentation exclusive de nouveaux amis
  • Fragilité psychologique ou sociale, déstructuration familiale
  • Antécédents judiciaires
Les indicateurs très préoccupants
  • Stratégie de dissimulation des croyances religieuses et des signes d’appartenance
  • Rupture professionnelle, scolaire ou familiale
  • Légitimation de la violence pour défendre une cause ou une idéologie
  • Discours déshumanisants à propos d’autres groupes ou individus
  • Fréquentation d’individus radicalisés en proximité ou sur Internet
  • Consultation de sites ou de forums radicaux

Gardez à l’esprit que pour repérer la radicalisation, il est important non pas de se concentrer sur les pratiques ou l’apparence de l’enfant, mais sur d’éventuels comportements de rupture : rupture de l’enfant avec ses amis, rupture avec les loisirs (sport, musique, théâtre, peinture…), rupture scolaire ou d’apprentissage et enfin, rupture familiale. Les amis, les enseignants et les membres de la famille sont souvent présentés à l’enfant comme des personnes « endormies », voire comme des alliés de la conspiration ou du complot dont il/elle est victime ou dont le monde est victime.

Comment réagir face à la radicalisation ?

Il est très difficile de savoir comment réagir face à la radicalisation de son enfant. Qui aurait pu imaginer que son propre enfant puisse tomber aux mains de mouvements radicaux ? Comment a-t-on pu passer à côté d’un tel changement sans s’en rendre compte ? Que peut-on faire maintenant ? Est-t-il trop tard ?

Les pressions qui s’exercent sur lui ont pour effet de supprimer ses repères antérieurs, de le couper de son histoire personnelle et de son entourage affectif. Il n’existe évidemment pas de recette miracle dans ce genre de cas, mais il existe toutefois quelques conseils et quelques erreurs à ne pas commettre, que soulève l’UNADFI :

S’informer sur le mouvement

Dans une situation de radicalisation, nous faisons face à une rupture dont nous ne comprenons pas, ou mal, les raisons. Il est donc important de réunir des informations sur le mouvement (qui en est le leader, quelle en est la doctrine…) afin de mieux appréhender ce à quoi vous êtes confronté(e), par quoi passe votre enfant…

Cela peut également permettre de mieux évaluer les risques auxquels s’expose votre enfant et quelles peuvent en être les conséquences sur lui/elle mais également sur son entourage (pertes financières, atteinte à la santé physique ou mentale…).

Maintenir ou rétablir le lien

Le plus important, si possible, est de maintenir le lien que vous avez avec votre enfant mais également le lien qu’il/elle a avec tous ses autres proches (famille, amis…). Si ce lien n’existe plus, tentez de le recréer. Essayez de lui proposer une relation de qualité, opposée à celle du groupe auquel il/elle a adhéré, qui se caractérise souvent par l’intolérance et la pensée unique.

Faites-lui sentir qu’il/elle peut avoir confiance en vous, que vous le/la considérez, le/la respectez et le/la comprenez. Cela passe notamment par un intérêt sincère envers ce qu’il/elle ressent et ce qu’il/elle vit. Favorisez le dialogue avec tact en lui signifiant que vous êtes disponible pour discuter lorsqu’il/elle le souhaite. Quand votre enfant vous parle, écoutez-le/la sans jugement. Vous pouvez lui poser des questions ouvertes pouvant stimuler sa réflexion, sans l’obliger à y répondre, l’encourager à exprimer ce qu’il/elle trouve de plus positif dans le groupe et l’interroger sur l’existence éventuelle d’autres groupes ayant ces mêmes aspects positifs.

Montrez-vous positif(ve), calme et bienveillant(e). Gardez également à l’esprit que la compréhension mutuelle dans ce genre de situation passe mieux par l’affect (les émotions, les sentiments, les humeurs…) que par le contenu rationnel des conversations. Vous confronter à lui/elle, que ce soit par la parole ou en le punissant (le/la priver de sortie ou d’Internet, par exemple), ne fera qu’aggraver la situation. Cela le confortera dans l’idée que seul le groupe auquel il/elle adhère le comprend et le poussera à s’éloigner encore plus de vous. Il faut tout faire pour éviter la rupture !

Quelques réactions à éviter :

  • réagir de façon disproportionnée en invoquant un danger supposé ;
  • prononcer des mots tels que « radicalisation », « extrémisme », « secte » ou « gourou », réaction à laquelle il/elle s’est préparé(e) pour montrer qu’il/elle est incompris(e) de son entourage ;
  • accepter des discussions doctrinales car elles risquent d’angoisser votre enfant et de l’ancrer dans sa rhétorique ;
  • heurter de front ses convictions nouvellement acquises, attaquer, même avec humour, le groupe, ou le leader du groupe ;
  • donner de l’argent ; à la place, faites des cadeaux personnels, moins faciles à transmettre ou à monnayer.

En cas d’urgence

Faire opposition à la sortie du territoire pour votre enfant en vous rendant à la gendarmerie ou au commissariat de police le plus proche.

 

Faire appel à des professionnels

Faire appel à une personne extérieure ne signifie pas que ton ami(e) va se retrouver en prison. Appeler ne représente pas une mesure punitive, il s’agit d’une mesure préventive. Après votre appel, votre enfant pourra bénéficier d’un accompagnement adapté. Vous n’avez pas besoin d’attendre qu’il/elle présente des signes graves de radicalisation ou qu’il/elle soit sur le point de partir faire le djihad pour appeler. Personne ne vous reprochera d’appeler tôt ou de ne pas être sûr(e) de vous. Au contraire, prendre en charge rapidement votre enfant lui permettra de sortir de cet embrigadement plus vite et plus facilement.

Le CNAPR (pour les questions d’enrôlement au djihad)

Numéro vert géré par l’Etat, le Centre National d’Assistance et de Prévention de la Radicalisation lutte contre l’enrôlement des jeune au Djihad. Les opérateurs sont chargés d’écouter, d’informer, de recueillir les différents éléments de la situation et d’orienter les familles et les jeunes concernés vers les services compétents, en particulier pour un accompagnement social. Vous pouvez contacter le centre par téléphone au 0 800 005 696 (appel gratuit depuis un fixe et non surtaxé depuis un mobile) ou en remplissant le formulaire de contact sur le site. La prise en charge est gratuite et confidentielle.

Le CAPRI (pour la radicalisation en général)

Si vous souhaitez vous informer ou que vous êtes confronté(e) à une situation de possible radicalisation, qu’elle soit politique ou idéologique, vous pouvez vous faire accompagner par les professionnels du CAPRI en les contactant par téléphone au 09 83 59 17 11 (appel non surtaxé), en remplissant le formulaire de contact sur le site ou en envoyant un mail à contact@radicalisation.fr. La prise en charge est gratuite et confidentielle.

L’UNAFDI (pour les dérives sectaires)

L’Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu victimes de Sectes vient en aide aux victimes de pratiques abusives exercées par des organisations de type sectaire. Les associations de son réseau (ADFI) vous reçoivent afin de vous conseiller et de vous accompagner dans vos démarches : conseils personnalisés, mise en contact avec des professionnel(le)s (psychologues, avocats…), aide dans les dépôts de plaintes, constitution de dossier juridique, mise en place de groupes de parole… Vous pouvez consulter la carte du réseau ici et obtenir les coordonnées d’une association près de chez vous.

Le CCMM

Le Centre Contre les Manipulations Mentales accueille et aide les familles et les personnes victimes des mouvements susceptibles de dérives sectaires. Pour vous rapprocher du centre le plus proche de chez vous, consulte cette carte.

Ce que dit la loi sur…

Les dérives sectaires

Une personne qui abuse de la situation de faiblesse d’un(e) mineur(e) pour le conduire à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables risque 3 ans d'emprisonnement et 375 000€, voire 5 ans d’emprisonnement et 750 000€ d’amende s’il s’agit du/de la dirigeant(e) d’un groupement sectaire (article 223-15-2 du Code pénal).

Le terrorisme

La loi condamne le fait de proposer, d'inciter ou de contraindre une personne à participer à un acte terroriste, même si l'acte n'a pas lieu (à travers des offres, des promesses, des menaces, des pressions…) (article 421-2-4 du Code pénal).

La loi interdit les actes de terrorisme (article 421-1 du Code pénal) et le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes, sur Internet ou ailleurs (article 421-2-5 du Code pénal). Les actes de terrorisme sont définis dans les articles 421-1 et 421-2-6.  Chercher à se procurer une arme et à se former au maniement des armes, ou bien se procurer une arme et séjourner à l’étranger sur un théâtre d’opérations de groupements terroristes, par exemple, en vue de préparer une action terroriste, sont des exemples d’actes de terrorisme. La loi inclut les préparations dans le mot « acte » et ne punit pas uniquement les personnes qui ont effectivement commis des attentats.

Cette réponse a été rédigée par l’équipe de la Fondation pour l’Enfance, en s’appuyant notamment sur les documents du CAPRI et de l’UNADFI.

Mise à jour le 07/12/2016.

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