Mon enfant est victime de dérive sectaire

Votre situation

Vous êtes en couple et votre conjoint(e) s’est récemment converti(e) à une religion et tente de l’imposer à votre enfant ? Ou bien, il/elle se met soudainement à pratiquer sa religion avec ferveur, voire de manière un peu extrême ? Vous êtes séparé(e) et votre ancien conjoint(e) ou sa famille tente d’imposer une pratique religieuse que vous jugez extrême à votre enfant ?

Vous trouverez dans cette fiche une définition de ce qu’est la liberté de culte ainsi que des informations sur que ce que vous pouvez faire face à une telle situation.

Liberté de culte et dérive sectaire

La liberté de culte est la liberté de toute personne, y compris un enfant, de choisir et de pratiquer une religion. Si les parents ont le droit de transmettre et d’enseigner leurs croyances à leurs enfants, ils n’ont en aucun cas le droit de les leur imposer.

Si une personne ou un groupe de personnes tente d’imposer une croyance, quelle qu’elle soit, et ses pratiques à votre enfant alors qu’il ne le souhaite pas, cette personne ne respecte pas ses droits. C’est une forme de dérive sectaire.

On parle de dérive sectaire lorsque la liberté de pensée, d’opinion ou de religion d’une personne est entravée. Une dérive sectaire porte atteinte à l’ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité d’une personne.

Elle se caractérise également par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, de pressions ou de techniques (chantage affectif, menaces…) ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de soumission ou d’obéissance psychologique ou physique. Cet état prive votre enfant d’une partie de son libre arbitre, et a des conséquences dommageables sur lui, son entourage ou pour la société.

Si certaines pratiques peuvent représenter un danger pour votre enfant au niveau de sa santé mentale ou physique, il est de votre devoir d’intervenir. Certaines croyances entraînent parfois des comportements discriminants et dangereux, notamment envers les filles. La restriction des libertés fondamentales de votre enfant, comme l’interdiction de se déplacer seul(e), ou toute règle allant à l’encontre de son développement personnel, comme le droit à l’éducation, ne doivent pas être tolérées. Les groupes qui sont une menace pour les autres et pour la démocratie sont aussi à prendre très au sérieux. Votre enfant pourrait non seulement nuire à lui/elle-même en commettant des actes illégaux pour atteindre les objectifs du groupe, mais également causer du tort aux personnes qui n’en sont pas les membres.

Quels sont les signes qui peuvent m’alerter  ?

De nombreux signes peuvent vous mettre la puce à l’oreille  :

Rupture des comportements familiaux et sociaux
  • Votre enfant se désintéresse de la vie scolaire, remet en question des concepts enseignés (créationnisme, par exemple)
  • Votre enfant refuse de participer à des fêtes (Noël, anniversaires, fête des mères ou des pères…)
  • Votre enfant refuse ou abandonne certains loisirs (sport, musique…)
  • Votre enfant se méfie des médias autres que ceux issus du groupe, croit en des théories conspirationnistes
  • Les relations familiales et/ou amicales sont détériorées ou rompues
  • Votre enfant se méfie ou refuse la médecine conventionnelle (refus de la vaccination, de la transfusion sanguine, confiance uniquement accordée aux médecines naturelles…)
Personnalité modelée par les suggestions, les ordres, les concepts imposés par une personne ou un groupe
  • Votre enfant adopte un nouveau langage,un vocabulaire spécifique au groupe ou des mots détournés de leur sens premier («  les méchants  », «  le système de choses  », «  les suppressifs  », «  le paradigme  », «  les énergies  », «  la médecine quantique  », «  l’aura  », «  les mécréants  »…)
  • Votre enfant change son apparence vestimentaire
  • Votre enfant modifie ses habitudes alimentaires (jeûne, refus de certains aliments…)
Abandon de sa vie à une personne ou à un groupe
  • Votre enfant est souvent sollicité(e) par le groupe (nombreux appels téléphoniques, SMS, réunions fréquentes…)
  • Votre enfant participe à des cérémonies imposées par le groupe
  • Votre enfant est contraint(e) de prier et d’effectuer des exercices répétitifs
Adhésion et allégeance inconditionnelle affective, comportementale, intellectuelle, morale et sociale à une personne ou à un groupe ou à une institution

Ceci le/la conduit à :

  • Une loyauté exigeante et complète
  • Une obéissance absolue
  • Une crainte et une acceptation des sanctions
  • Une impossibilité de croire possible de revenir à un mode de vie antérieur ou de choisir d’autres alternatives étant donné la certitude imposée que le nouveau mode de vie est le seul qui soit légitime.
Altération de la liberté de choix, démarche prosélyte
  • Votre enfant pense que sa foi devrait être imposée à tous
  • Il/elle essaie de vous convaincre ou de convaincre ses amis qu’ils suivent le mauvais chemin.
Dépossession des compétences, altération du jugement, perte des repères et du sens critique
  • Votre enfant a une peur irrationnelle de la société qui est induite par un discours alarmiste du groupe («  l’apocalypse est proche  », par exemple)
  • Votre enfant est en quête permanente de la pureté pour être digne du groupe et de sa doctrine
  • Votre enfant a l’impression d’être victime de persécution
  • Votre enfant a l’impression de faire partie d’une élite
  • Votre enfant critique les personnes qui sont hors de son groupe
Imperméabilité aux avis, attitudes, valeurs de son environnement
  • Il est impossible pour votre enfant de se remettre en cause
Induction et réalisation d’actes gravement préjudiciables à la personne
  • Votre enfant refuse des soins mettant sa santé voire sa vie en danger
  • Votre enfant est violent(e) verbalement, psychologiquement ou physiquement (coups…) envers ceux qui n’appliquent pas les règles imposées par le groupe.
  • Votre enfant perpétue des actes violents au nom de la cause (terrorisme, meurtre…)

Que faire face à cette situation ?

Définir des règles avec votre (ex-)conjoint(e)

Si les nouvelles habitudes de votre enfant sont liées aux nouvelles croyances de votre (ex-)conjoint(e), l’une des choses que vous pouvez essayer en premier lieu est d’établir des règles sur la façon de transmettre sa croyance. Vous pouvez vous concerter, en faisant participer votre enfant, sur la façon de l’élever dans cette croyance ou pas. Quels objets de culte vont être exposés à la maison, quelles fêtes vont être suivies ?

Vous pouvez également participer à l’éducation religieuse de votre enfant, lui montrer les différentes religions, l’importance de la liberté de pratiquer ou pas, le fait que la religion est quelque chose d’intime et personnel, qu’on n’est ni meilleur ni mauvais si on en a une ou pas, ou si on pratique ou pas. Faites-lui comprendre qu’il/elle a le choix et qu’on n’a pas le droit de lui imposer une religion qu’il/elle ne souhaite pas. Soyez attentif(ve) à son ressenti et à ses besoins.

Signaler la situation

Si votre enfant est victime de dérive sectaire ou que vous pensez qu’il/elle risque de l’être, vous pouvez signaler ta situation à l’une ou l’autre de ces structures :

119 – Allô Enfance en Danger – Des professionnels de l’enfance répondront à toutes vos questions et pourront enclencher des démarches de protection si l’enfant est dans une situation de danger ou en risque de l’être. Vous pouvez appeler 24h/24 et 7j/7 et l’appel est gratuit depuis tous les types de téléphone (portable, fixe, cabine téléphonique). Vous n’êtes pas obligé(e) de donner votre nom, et l’appel est strictement confidentiel.

– La MIVILUDES (Mission Interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) en remplissant ce formulaire. Vous serez pris(e) en charge et orienté(e) dans vos démarches.

Contacter des associations
  • L’UNAFDI

L’Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu victimes de Sectes vient en aide aux victimes de pratiques abusives exercées par des organisations de type sectaire. Les associations de son réseau (ADFI) vous reçoivent afin de vous conseiller et de vous accompagner dans vos démarches : conseils personnalisés, mise en contact avec des professionnels (psychologues, avocats…), aide dans les dépôts de plainte, constitution de dossier juridique, mise en place de groupes de parole… Vous pouvez consulter la carte du réseau ici et obtenir les coordonnées d’une association près de chez vous.

  • La MIVILUDES

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires  peut donner son avis par e-mail en cas de doute sur une situation, via ce formulaire. Vous pouvez également informer d’une dérive sectaire pour obtenir de l’aide ou être orienté(e) dans vos démarches, via ce formulaire.

  • Le CCMM

Le Centre Contre les Manipulations Mentales accueille et aide les familles et les personnes victimes des mouvements susceptibles de dérives sectaires. Pour vous rapprocher du centre le plus proche de chez vous, consultez cette carte.

  • L’ INAVEM

L’Institut National d’Aide aux Victimes et de Médiation est une fédération regroupant 130 associations généralistes d’aide aux victimes. Il met à disposition des victimes un numéro non surtaxé (08 842 846 37), ouvert 7 jours sur 7, de 9h à 21h. Des opérateurs vous écouteront, vous conseilleront et vous orienteront dans vos démarches. Vous pouvez également les contacter en remplissant le formulaire disponible ici ou consulter la carte des associations ici.

Saisir une administration de l’Etat ou un ordre professionnel

Par exemple, vous pouvez vous adresser par courrier aux «  correspondants dérives sectaires  » dans les préfectures, au rectorat, à l’Agence régionale de santé, à la Direction régionale de l’emploi, de la consommation, de la concurrence, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) ou écrire au président de l’ordre professionnel (ordre des médecins, ordres des pharmaciens, ordre des kinésithérapeutes etc.). Vous pouvez consultez vos ressources en région ici.

La loi et les droits de votre enfant

La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE)

Articles 12, 14, 16, 17, 28 et 31 :

Article 12 : « L’enfant qui est capable de discernement a le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant ».

Article 14 : « L’enfant a le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ».

Article 16 : « Nul enfant ne fera l’objet d’immixtions (le fait de s’immiscer) arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance (…) ».

Article 17 : « L’enfant a le droit d’avoir accès à une information et à des matériels provenant de sources nationales et internationales diverses (…) ».

Article 28 : « Tout enfant doit pouvoir bénéficier de la même instruction et pouvoir aller à l’école dans un environnement favorable à son apprentissage ».

Article 31 : « L’enfant a droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge, et de participer librement à la vie culturelle et artistique ».

Les dérives sectaires

Une personne qui abuse de la situation de faiblesse d’un(e) mineur(e) pour le conduire à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables risque 3 ans d'emprisonnement et 375 000€ d'amende, voire 5 ans d’emprisonnement et 750 000€ d’amende s’il s’agit du/de la dirigeant(e) d’un groupement sectaire (article 223-15-2 du Code pénal).

Le terrorisme

La loi condamne le fait de proposer, d'inciter ou de contraindre une personne à participer à un acte terroriste, même si l'acte n'a pas lieu (à travers des offres, des promesses, des menaces, des pressions…) (article 421-2-4 du Code pénal).

La loi interdit les actes de terrorisme (article 421-1 du Code pénal) et le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes, sur Internet ou ailleurs (article 421-2-5 du Code pénal). Les actes de terrorisme sont définis dans les articles 421-1 et 421-2-6. Chercher à se procurer une arme et à se former au maniement des armes, ou bien se procurer une arme et séjourner à l’étranger sur un théâtre d’opérations de groupements terroristes en vue de préparer une action terroriste, sont des exemples d’actes de terrorisme. La loi inclut les préparations dans le mot «  acte  » et ne punit pas uniquement les personnes qui ont effectivement commis des attentats.

L’obligation de signaler un(e) mineur(e) en danger

Toute personne (même couverte par le secret professionnel) ayant eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d'agressions ou atteintes sexuelles infligés à un(e) mineur(e) s'expose à des sanctions pénales s'il/elle n'en informe pas les autorités judiciaires ou administratives.

La peine encourue est de 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende (434-3 du Code pénal).

Logo de l'UNADFI

Cette réponse a été rédigée par l’équipe de la Fondation pour l’Enfance, en s’appuyant notamment sur les documents de l’UNADFI. Ce dernier y a par ailleurs aimablement contribué en faisant part de son expertise sur le sujet.

Mise à jour le 30/11/2016.

Aidez-nous à améliorer nos réponses