J’ai fugué ou je pense à fuguer

Ta situation

Tes parents ne te laissent pas assez de libertés et tu as l’impression d’étouffer chez toi ? Tu subis les conflits à la maison et y rentrer chaque soir est devenu insupportable ? Tu as peur que tes parents te punissent en apprenant quelque chose ? Tu as rencontré une personne avec qui tu te sens bien et tu aimerais construire quelque chose avec elle, ailleurs ?

Bref… Tu ne te sens pas bien et pour toi la fugue est la seule solution ? Tu as peut-être même déjà franchi le pas et tu es actuellement loin de chez toi ?

Dans cette fiche, nous essayerons de te donner des pistes pour alimenter ta réflexion sur la fugue, et de te guider vers les structures qui peuvent t’aider à te sentir mieux, sans te juger.

Tu hésites à fuguer

Quand on pense à fuguer, c’est souvent que l’on a atteint un niveau d’insatisfaction que l'on ne supporte plus. Côté scolarité, famille, amis, amour… il y a des choses qui ne marchent pas comme on l’aimerait. A ce moment-là, on peut penser que fuguer est une option possible, pour s’éloigner de ses problèmes, au moins pour un temps.

Penser à fuguer n’est pas anormal… et peut s’expliquer avec la science. On sait depuis longtemps que face à une situation de stress, notre cerveau peut réagir de trois manières différentes : combattre, fuir ou subir.

Parfois, la fugue est aussi une manière de s’assurer que l’on compte pour nos proches.

Mais est-ce que la fugue est l’option la plus efficace ? Il est important de se poser les bonnes questions : est-ce qu’il s’agit d’un coup de tête que je risque de regretter par la suite ? Est-ce que fuguer va m’aider ou empirer ma situation ? Est-ce qu’il n’y a pas une personne à qui je n’ai pas encore demandé de l’aide, et qui serait prête à m’écouter et me soutenir ? Comment je vais subvenir à mes besoins en termes de nourriture, logement, hygiène, déplacements, sécurité ?

L’association CFPE-Enfants Disparus, qui connaît bien le sujet, met à ta disposition quelques conseils, et explique les impacts qu’une fugue peut avoir, ici.

Si ton envie de fuguer est liée à des problèmes qui surviennent à la maison (tes parents se disputent sans cesse ? Ils sont violents envers toi ?), dans ta famille d’accueil ou dans ton foyer, il existe aussi des solutions alternatives à la fugue et qui garantiront ta sécurité sans que tu sois dehors livré(e) à toi-même :

  • Être hébergé(e) pendant quelques temps chez quelqu’un de ta famille ou une personne digne de confiance, en accord avec tes parents ou ton/ta tuteur(trice), pour te ressourcer un peu et réfléchir à ta situation.
  • T’adresser au Juge des enfants pour être accueilli(e), temporairement ou non, chez quelqu’un de ta famille ou chez une personne digne de confiance, dans une famille d’accueil, un établissement… Le Juge des enfants intervient pour protéger tous les mineurs en danger. Il s’assure qu’ils sont bien traités, que leurs conditions de vie sont satisfaisantes et, si ce n’est pas le cas, peut prendre des mesures de protection. Pour t’adresser au Juge des enfants, envoie une lettre au Tribunal de Grande Instance (TGI) le plus proche de chez toi en indiquant tes coordonnées et en exposant ce qui ne va pas. Tu trouveras l’adresse ici.
  • Tu peux signaler directement ta situation par téléphone au 119 – Allô Enfance en Danger. Le numéro est gratuit, confidentiel et accessible 24h/24 et 7j/7. Des professionnels de l’enfance t’écouteront et t’aideront à résoudre la situation. Ils pourront si besoin commencer les démarches à ta place pour que tu puisses quitter le domicile familial, ta famille d’accueil ou ton foyer.

Il est important que tu saches que la fugue ne résoudra pas forcément tes problèmes, et peut même les aggraver. Regarde un peu plus bas dans la section « Ils peuvent t’aider », tu sauras où t’adresser pour obtenir de l’écoute et du soutien.

Tu es en fugue et ne veux pas rentrer chez toi

Tu es actuellement en fugue et ne souhaites pas rentrer, ou en tout cas pas tout de suite.

Ta fugue se passe « bien », ou tu rencontres peut-être des difficultés pour subvenir à tes besoins, assurer ta sécurité ? Tu es parti(e) sur un coup de tête et tu ne sais plus très bien pourquoi ? Tu ne souhaites pas rentrer chez tes parents, dans ta famille d’accueil ou dans ton foyer car tu ne supportes plus la vie là-bas ? Le climat à la maison est violent ? Tu ne te sens pas à ta place ?

Quelle que soit ta maturité, si tu as moins de 18 ans, tu restes un(e) mineur(e) et ton intérêt sera toujours privilégié. Si tu ne désires pas rentrer dans ta famille, ta famille d’accueil ou dans ton foyer, plusieurs solutions s’offrent à toi :

 

  • Une solution temporaire :

Il existe dans toute la France des Points Accueil Ecoutes Jeunes (PAEJ). Tu peux y aller pour obtenir une écoute, du soutien, être orienté(e)… Certains proposent même un accueil des fugueurs et un hébergement pendant quelques nuits.

Vérifie les horaires avant de t’y rendre, et appelle-les pour savoir s’ils peuvent te proposer une solution d’hébergement temporaire.

Tu trouveras toutes les PAEJ en France en utilisant cette cartographie.

La loi t’autorise également à bénéficier des services de l’Aide Sociale à l’Enfance, et notamment l’accueil d’urgence en cas de fugue, pendant 72h et sans l’autorisation de tes parents. Pour obtenir l’adresse du lieu dans lequel tu pourras te réfugier, contacte le 119 – Allô Enfance en Danger ou la police au 17.

 

  • Une solution temporaire ou sur la durée si tu le souhaites :

Tu peux proposer à tes parents d’habiter pendant quelques temps chez quelqu’un de ta famille ou chez une personne de confiance pour prendre le temps de réfléchir dans un environnement adapté.

Si tes parents ne sont pas d’accord, tu peux saisir le Juge des Enfants pour demander à ne plus vivre chez eux. Plusieurs solutions s’offrent alors : accueil auprès d’un membre de la famille ou d’une personne digne de confiance, prise en charge par un service départemental de l’Aide Sociale à l’Enfance…

Si tu es dans une famille d’accueil ou en foyer, tu peux demander ton transfert vers un autre endroit en saisissant le Juge des enfants ou ton/ta référent(e) de l’Aide Sociale à l’Enfance. Pour t’adresser au Juge des enfants, envoie une lettre au Tribunal de Grande Instance (TGI) le plus proche de chez toi en indiquant tes coordonnées et en exposant ce qui ne va pas. Tu trouveras l’adresse ici. Tu peux aussi saisir le Défenseur des droits, grâce à ce formulaire.

Ces deux solutions te permettront de prendre du recul. Cela peut t’aider à réfléchir calmement à ta situation et à ta relation avec tes parents ou avec les personnes qui s’occupent de toi. Dans la rubrique « Ils peuvent t’aider », tu trouveras le contact d’organismes qui peuvent te soutenir dans cette démarche, t’apporter un soutien psychologique, ou agir en médiateur entre toi et ta famille ou l’Aide Sociale à l’Enfance.

Tu penses rentrer de fugue

Tu as quitté ton domicile, cela fait quelques heures ou quelques jours voire des semaines et tu aimerais rentrer de fugue.

Tu te poses des questions sur ton retour : comment vont réagir mes parents ? Est-ce qu’ils seront contents de me retrouver ou en colère après moi ? Est-ce que ma vie va empirer après le retour ou est-ce que ma fugue aura permis de faire un effet « d’électrochoc » pour que ça aille mieux ?

Il est possible qu’ils réagissent très positivement car ils seront soulagés de te revoir. Il est aussi possible que tu n’obtiennes pas la réaction que tu attendais. Quand des parents sont terriblement angoissés parce que leur enfant a disparu, qu’ils redoutent le pire, il est possible qu’au retour, ils n’arrivent pas à contrôler leurs émotions et leurs paroles. Même si c’est contradictoire, ils sont en colère parce qu’ils tiennent à toi.

Certaines personnes ont été élevées dans l’idée qu’il ne fallait pas montrer ses émotions, elles ont alors beaucoup de mal à les exprimer et dire à leurs proches à quel point elles les aiment.

L’association CFPE-Enfants Disparus, qui connaît bien le sujet, met à ta disposition quelques conseils pour préparer ton retour, ici.

Revenir chez toi est source de beaucoup d’angoisse et de peur, pour toi comme pour tes proches, un échange sera nécessaire. Ce sera l’occasion pour toi de t’exprimer et de faire comprendre à tes parents ou à ceux qui s’occupent de toi ce qui t’a poussé(e) à partir. Il n’est pas toujours facile de le faire seul(e), les parents ne sont parfois pas en mesure d’entendre ce que tu as à leur dire. Regarde un peu plus bas dans la partie « Ils peuvent t’aider » pour savoir à qui t’adresser.

Comment éviter les risques pendant la fugue ?

Voici quelques conseils pour te permettre d'éviter les mauvaises rencontres :
  • Informe régulièrement tes parents, ton/ta tuteur(trice) ou tout autre adulte en qui tu as confiance, que ce soit par texto, Messenger, Whatsapp ou autre.
  • Mets-toi à l’abri dans des lieux fréquentés et publics. S’il t’arrive un problème, tu pourras interpeller les personnes autour de toi. N’oublie pas que la police peut également intervenir pour te protéger si tu appelles le 17.
  • Privilégie l’hébergement chez des personnes que tu connais plutôt que de dormir dans la rue, ou chez des inconnus. Il faut savoir que les femmes et les hommes sans-abri sont régulièrement victimes d’agressions ou de viols. Les agresseurs peuvent être de tous sexes, tous âges, il n’y a pas de règle. Quand on est seul(e), on est vulnérable.
  • Refuse les substances que l’on te propose et méfie-toi des personnes qui souhaitent t’aider à gagner de l’argent facilement. Lorsque l’on est livré(e) à soi-même, il est facile d’être la proie de réseaux de prostitution ou de drogue, même si l’on est vigilant(e).

Ils peuvent t’aider

Si ton mal-être est lié à l'école (tu subis du harcèlement scolaire, par exemple), à une situation personnelle (tu ne te sens pas bien dans ta peau et dans ta vie...), à des expériences douloureuses que tu as peut-être vécues (violences sexuelles, maltraitances...), n'hésite pas à aller consulter les autres fiches de notre outil d'aide qui traitent de ces sujets.

Il y a de très nombreux dispositifs en France pour aider les jeunes à se sentir mieux. Quel que soit le problème, sois sûr que tu n’es pas seul(e). Des solutions existent.

  • Parler de la fugue

L’association CFPE-Enfants Disparus travaille au quotidien sur le sujet des jeunes en fugue. Que tu sois en fugue ou que tu penses à le faire, tu peux les appeler gratuitement au numéro 116 000, 24h/24 et 7j/7 et avoir quelqu’un qui pourra t’écouter de manière anonyme et répondre à tes questions.

  • Parler de ton mal-être

Pour les questions de mal-être, et quelle qu’en soit la raison, tu peux toujours t’adresser au dispositif Fil Santé Jeunes. C’est un numéro anonyme et gratuit que tu peux appeler  au 0 800 235 236, tous les jours de 9h à 23h, pour être écouté(e) et conseillé(e).

Si tu préfères parler à quelqu’un en face à face, tu peux également te diriger vers la Maison des Adolescents proche de chez toi (tu la trouveras sur cette carte). Tu peux t’y rendre avec ou sans rendez-vous, pour rencontrer des professionnels (des psychologues, par exemple) qui pourront t’écouter et t’aider. Le service est totalement gratuit et anonyme. Les Points Accueil Ecoutes Jeunes (PAEJ) peuvent également te recevoir, t’écouter et t’orienter (tu trouveras les adresses sur cette carte). Ils ne proposent qu’une aide ponctuelle, c’est-à-dire tu ne seras pas suivi dans la durée.

  • Rétablir le dialogue avec tes parents

Que tu n’aies pas fugué, que tu sois en fugue ou que tu sois rentré(e), il est important d’essayer de renouer le dialogue avec tes parents. Cela n’est pas toujours facile, surtout si les tensions durent depuis longtemps ! Peut-être même que tu n’as jamais pu leur parler de tes problèmes auparavant. Il n’est jamais trop tard pour tenter de renouer le dialogue et de se comprendre mutuellement.

Pour t’y aider, tu peux demander le soutien d’un(e) médiateur(trice). Il/elle peut intervenir entre toi et tes parents pour que chacun puisse s’exprimer et entendre ce que l’autre a besoin de dire. Tu peux suggérer cette médiation à tes parents. La prise en charge est faite en fonction des moyens et peut même démarrer à 2€ pour ceux qui ne disposent pas de revenus élevés. Tu trouveras toutes les associations qui font de la médiation près de chez toi sur cette carte.

Tu peux aussi t’adresser à une personne en qui toi et ta famille avez confiance (ton oncle ? une amie de la famille… ?), qui ne prenne pas parti, pour faire une médiation.

La Maison des Adolescents proche de chez toi (tu la trouveras sur cette carte) peut également te proposer à toi et ta famille un accompagnement pour retrouver des relations saines.

Ce que dit la loi sur…

La fugue

Un enfant en fugue est considéré comme étant en danger.

Quand tu es mineur(e), tu n’as pas le droit de quitter le domicile familial, ta famille d’accueil ou le foyer sans la permission de tes parents ou de ton/ta tuteur(trice) (article 371-3 du Code civil). Tu ne seras pas puni(e) par la loi pour avoir fugué. Les forces de l’ordre sont néanmoins obligées de te chercher, pour des raisons d’ordre légal : un enfant en fugue étant considéré comme en danger, il faut le ramener pour le protéger.

Le détournement de mineur(e)

Une personne ne peut pas t’héberger lors de ta fugue sans le consentement de tes parents ou de ton/ta tuteur(trice), même s’il s’agit de tes grands-parents, sauf si tu es victime de violences au sein de ta famille.

Autrement, il s’agit de détournement de mineur(e), qui est puni par la loi (articles 227-7 et 227-8 du Code pénal).

Les obligations parentales

Tes parents ont l’obligation de t’assurer un hébergement et de veiller à ta sécurité (articles 371-1 et 371-2 du Code civil).

C’est pourquoi ils doivent signaler ta fugue aux forces de l’ordre.

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Cette réponse a été rédigée par l’équipe de la Fondation pour l’Enfance, en s’appuyant sur les recommandations de l’association CFPE-Enfants Disparus, qui a par ailleurs aimablement contribué à cette réponse en faisant part de son expertise sur le sujet.

Mise à jour le 30/11/2016.

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